« Oh… », de Philippe Djian (Gallimard)

L’interjection … «Oh…», Comme le petit mot prononcé au tout début de la réponse embarrassée à une des ces questions qui projettent instantanément dans le doute.

On la retrouvera quatre ou cinq fois, dans le tout dernier roman de Philippe Djian.

Bien enlevé, le récit de cette femme, Michèle, récit narré par elle-même, intrigue, intéresse et, finalement, attire.

Qui est donc cette femme ? A quoi ressemble-t-elle ? L’envie de se la représenter s’impose tout au long de la lecture. Mais on n’en saura pas davantage que l’étalage d’une vie somme toute bien remplie à laquelle viennent se greffer des événements plutôt hors normes.

Du hors norme qui finira par devenir une presque règle de vie, insidieusement, comme une intrusion sans cesse renouvelée.

D’ailleurs l’histoire commence par cette impression un peu floue d’un réveil étrange. Michèle se relève après une agression, chez elle. Le pire semble avoir été commis. La question qu’elle se pose en priorité, c’est d’en parler. Ou pas. Et à qui ?

«Il fait pourtant une lumière incroyablement belle et douce, tellement éloignée d’une quelconque impression de menace. J’ai tant de mal à croire qu’une telle chose me soit arrivée par un ciel si bleu, par ce si beau temps. La salle de bains est inondée de soleil, j’entends des cris, des jeux d’enfants au loin, l’horizon poudroie, les oiseaux, les écureuils, etc.». La restitution d’un sentiment de presque abandon aux événements, malgré leur gravité, fonctionne à merveille. Une espèce de fatalisme lucide pour cette femme au caractère fort et indépendant… Une de celles à qui on ne la fait pas ! Mais qui s’ouvre aux paradoxes les plus violents. Michèle se fie à son instinct de survie grâce à l’interprétation de signes surprenants, comme un nuage à la forme étrange, une intuition pressante. Rien de bien tangible. Et pourtant, elle demeure la plus solide et la plus intègre tant de sa famille que de son cercle social.

Dans le droit fil des précédentes parutions, Oh… devrait rencontrer un joli succès. Ce qui serait tout à fait justifié et même davantage mérité que Vengeances, le précédent roman qui n’aura pas procuré un tel plaisir à la lecture, avec cette soif de savoir la suite.

« Oh… », de Philippe Djian – Gallimard – Sortie le 2 septembre 2012

Note: ★★★★½