Personnages secondaires, d’Alejandro Zambra (L’Olivier)

Alejandro Zambra est l’étoile montante de la littérature sud-américaine. Il partage sa vie entre l’université Diego Portales de Santiago où il enseigne et les jolis métiers de poète, de romancier et de critique littéraire. Le succès littéraire de Bonzai fut international et son adaptation cinématographique présentée à Cannes, dans la sélection Un certain regard.

Comment se remettre de tout cela ? Comment continuer après une poignée de livres (dont 3 traduits en français), à raconter des histoires sans lasser ?

Alejandro Zambra choisit la continuité, ou plutôt, l’approfondissement pour ce nouveau roman qui paraît aux éditions de l’Olivier. Personnages secondaires, comme les précédents ouvrages, sont peuplés de personnages qui ne cherchent aucun idéal, mais qui sont ponctuellement accrochés par des envies, des besoins qui les meuvent un instant avant de les abandonner aussi subitement qu’ils les avaient enlacés.

Cette chorégraphie des désirs est, dans ce nouveau livre, exacerbée par les mouvements que l’on pourrait qualifier d’extatiques de la géographie (Santiago) et de l’histoire (la dictature de Pinochet).

Le Chili entre 1973 et 1990 y est fragmenté, tout comme les souvenirs du narrateur. On ne survit à une dictature que grâce à la schizophrénie et à l’occultation. Entre histoires d’amours bancales du présent et images du passé, Alejandro Zambra impose sa vérité. Cette vérité constitue un méli-mélo de sensations coincé entre la propagande d’un des régime les plus violents du siècle précédent et l’histoire un peu trop classique, un peu trop arrondie, afin de pouvoir continuer «à vivre ensemble» au moment de la transition démocratique. En décrivant sa famille et celle des voisins, le chilien constate, avec ce mélange de vapeur et de cette mélancolie colorée caractéristique de la littérature de ce continent, qu’entre les victimes et les bourreaux il existait les personnage secondaires. Tous ces gens qui n’ont rien fait pour et rien fait contre (bien au contraire), peuplent ce récit. Les personnages secondaires peuvent aussi être ces enfants des années 80 qui grandirent dans cette atmosphère pesante.

Alejandro Zambra est un grand narrateur. Ses personnages, le pays de son enfance, évoluent sans trop que l’on sache comment et surtout pourquoi. Ces questions ne sont pas essentielles et le narrateur n’y cherche pas vraiment de logique. L’important n’est pas la réponse. L’enquête, le mouvement qu’on lui donne, l’évaporation et la concrétisation de nos histoires, voilà ce qui prime.

Le lecteur français sera sans doute déstabilisé par les dernières pages, mais ça, Borges l’avait déjà expliqué : l’art est l’imminence d’une révélation qui ne se produit pas.

Révélation qui ne se produira pas non plus, celle de la traduction étrange du titre en français. Formas de volver a casa parlait davantage et aurait pu tout aussi bien demeurer tel quel.

Personnages secondaires, d’Alejandro Zambra (Editions de l’Olivier) – Sortie le 30 août 2012

Note: ★★★½☆