La mort dans l’âme, de Sylvain Ricard et Isaac Wens (Futuropolis)

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La mort dans l’âme, de Sylvain Ricard et Isaac  Wens (Futuropolis)

Monsieur Vanadris est atteint d’un cancer. Il n’y a plus aucun espoir, alors on l’installe dans le service des soins palliatif. A-t-il son mot a dire ? Le personnel est gentil. Tout lui est expliqué, mais cela a-t-il un sens ? Plus il s’avance vers la mort, plus il est branché de partout.

La mort dans l’âme est une histoire d’acceptation de la part du malade et de son fils qui l’accompagne. Cette mort n’est pas seulement dans l’âme puisqu’ici, c’est le corps qui souffre. Le père demande au fils de l’aider. Paniqué, ce dernier en parle au médecin. Ces questions sur l’euthanasie révèlent l’incompétence du personnel soignant… et de la législation actuelle. Le fils reste isolé, dans le flou à ruminer les phrases toutes faites servies en pâture.

Voici deux hommes qui ont eu, face au chamboulement que provoque une mort imminente, leurs colères et leurs révoltes. Le lecteur découvre ces deux sentiments vécus très différemment par le malade et par celui qui sait qu’il va perdre un être cher. Au fil des pages, un dialogue semble naitre entre les deux Vanadris. Un dialogue ou plutôt, un apaisement. Dans ces moments-là, il faut être. Se cacher derrière son «faire» est inutile.

L’album restitue très bien le temps qui semble ralentir jusqu’au flottement. On est aussi touché par la scène ou Monsieur Vanadris «surprend», par l’entrebâillement d’une porte laissée ouverte, la mort d’un autre patient. Le regard est omniprésent. Le père regarde le fils qui lui continue à vivre, à l’extérieur. Le fils regarde la déchéance du paternel et sa souffrance, malgré des doses de plus en plus conséquentes. Les patients regardent le personnel les regarder. Compassion, impuissance, gestes médicaux, pitié, mots de réconfort, déchéance et agonie : le regard se baisse, se détourne, fuit pour parfois revenir et mieux soutenir.

Comment le lecteur peut-il reprendre sa respiration dans tout-ça ? Les personnages secondaires (le prêtre et la petite amie de Vanadris fils) semblent être là pour nous tirer la tête hors du tourbillon puissant de cette relation père –fils et de la réalité de l’établissement de soins palliatifs. A leur manière, ils soutiennent et compatissent tout en nous offrant un autre point de vue sur cette période douloureuse et particulière.

La pudeur et la retenue qui manquent souvent dans ce genre d’établissements, sont figurées ici grâce aux dessins d’Issac Wens. Le dessinateur semble observer l’histoire délicatement, sur la pointe des pieds. Sylvain Ricard, le scénariste, immerge le lecteur dans un monde de plus en plus silencieux. Les mots deviennent, au fil des vignettes, douloureux, puis le dessin, muet, se propage pour dire le reste, la suite, la fin.

Issac Wens et Sylvain Ricard ont décidé de travailler ensemble sur ce projet dont le sujet était, pour eux, du vécu. Cet album a donc vu le jour en «réaction à», dans le meilleur sens du terme.

Un grand coup de chapeau à l’audacieuse maison d’édition Futuropolis qui publie ici un album sur le fil et au ton juste, sur un sujet difficile et rarement abordé. On conseille au lecteur de courir l’acheter… Par contre, il faut bien choisir le moment pour le lire : ça remue.

Note: ★★★★☆

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