Il y a bien longtemps qu’il ne s’appelle plus Lorenzo, préférant coller à ce nom un suffixe qui, en italien, signifie le mépris. Lorenzaccio donc, est l’homme à tout faire du Duc Alexandre, cousin qui lui a usurpé le trône. Le geste que le jeune homme poursuit depuis toujours est d’assassiner son protecteur afin, se force t-il a croire, de rétablir la république à Florence. De carnavals en coups tordus, en passant par la débauche, il y consacre sa vie.

Comme tout héros romantique, le jeune Lorenzaccio cherche à accomplir un fait glorieux.

Lorrenzacio est, à la base, une pièce d’Alfred de Musset. Elle symbolise pour beaucoup, avec quelques chefs d’œuvres de Hugo et de de Vigny, une pierre maîtresse du romantisme.

Ce courant artistique, nous le retrouvons bien dans la bédé de Régis Penet où se succèdent des scènes esthétisantes (grandioses) et grotesques.

Lorenzaccio remplit le cahier des charges du héros de son temps : jeune, solitaire, idéaliste. L’angle d’attaque du dessinateur et scénariste de cette adaptation, sans lui enlever ces caractéristiques est de lui donner des airs de vampire shooté au spleen et un corps androgyne… On dit souvent que dans le romantisme, il faut des correspondances entre l’âme du héros et les paysages dans lesquels il évolue. Au fil des vignettes, on s’aperçoit que c’est bien plus que cela : les rues de Florence ont l’air d’être créées par les mouvements de la silhouette furtive et frêle du héros.

Tout tourne autour de ce personnage dont on ne sait finalement pas grand-chose et dont le geste tient plus à la folie matinée de surnaturel qu’à un acte politique. Les ballons colorés du carnaval avec lesquels s’ouvre l’album laissent peu à peu place à un labyrinthe de rues et d’intérieurs de palais sombres (gris, verts, noirs, rouges et marrons).

Outre l’histoire et la façon de se l’approprier, la scénarisation ainsi que le découpage des vignettes est sans doute la bonne nouvelle de ce nouveau Régis Penet. Ici, rien de lourd. On se croirait un peu au cinéma. Les gros plans ainsi que les dessins inondant certaines pleines pages y font sans aucun doute allusion.

On peut toutefois regretter que l’effort de dessin se soit entièrement porté sur Lorenzaccio et sur les paysages (émotionnels ou géographiques) et pas assez sur les autres personnages.

L’histoire est entrecoupée de très puissantes «variations illustrées» du poème La nuit de décembre d’Alfred de Musset. Un seul auteur, deux textes qui grâce au dessinateur se répondent.

Ce coté «too much» pourrait rebuter mais, à la place, il trouble le lecteur qui ne discerne plus la part de raison et la part de fantasme du héro. Fantasme qui explose et se répand dans les dernières pages de l’album : Lorenzaccio a commis son geste insensé, que faire maintenant ?

Si un jour je tombe sur Régis Penet je ne manquerai pas de lui dire tout le bien de son Lorenzaccio, qui m’a presque réconcilié avec le 8ieme art.

Note: ★★★½☆