Bjork – Biophilia (Barclay)

Quand Bjork sort un nouvel album il y a rarement de virage brusque. A la première écoute, on sait toujours à peu près où on est. A la deuxième écoute, on sent bien qu’il y a un virage infime. Un type de courbe lente et peu marquée, mais qui peut donner le tournis.

Chez Bjork, il y a aussi des sorties de route… L’album Volta en est le malheureux exemple. Un peu éventé, il n’a pas tenu longtemps sur les platines, délogé par les albums précédents.

Alors Biophilia, ça donne quoi ? Pas d’accident en vue, plutôt une belle et douce courbe dont on ne sort pas indemne. Dix chansons, dix zones abstraites, qui laissent l’auditeur aussi captif qu’évadé. Ce paradoxe vient probablement des constructions classiques (classieuses) des morceaux et l’utilisation d’un bric-à-brac d’instruments inventés ou réinventés pour l’enregistrement de l’album.

Dix chansons, dix zones abstraites pour des morceaux qui ont plus à voir avec des pièces d’art contemporain qu’avec une série de notes gravées. On voit, ici ou là écrit que cet album illustre la rencontre de la musique et de la nature… Les textes écolo-esothérico-chiants, sans doute…

Pour la musique, plus que la nature, c’est la terre qui est conviée. Sans crier garde, on s’enracine au plus profond, la sève, voir la lave du volcan Grimsvoetn monter en saccade. Le rythme lent s’accélère, de rupture en rupture, Bjork ressuscite la Drum’n Bass et, a certains endroits, le punk quitté depuis KULK ressurgit.

De Sugarcubes en passant par Post et enfin Biophilia, Bjork a inventé une façon de chanter. Cette drôle de scansion, ce slam sous LSD, elle le pousse encore plus loin dans ce nouvel opus. Le moyen Age ou le futur avec Bjork, pas la peine de choisir. On peut regretter la présence de Sacrifice qui, dans sa construction et ses ruptures n’est qu’un bégaiement de Crystalline.

Playlist : Mutual Core, Thunderbolt, Virus, Crystalline (hommage à l’eau en bouteille ?)… Cette folle approche de l’instrument de musique sera sûrement la grande attraction de l’exploitation de Biophilia sur scène. On ne sait pas grand-chose de l’immense tournée qui se prépare. Trois infos tout de même : des dates intimes et des salles immenses, un sacré barda a décharger pour les roadies et un spectacle évolutif, puisque son voyage durera trois ans.

Visuellement, on croyait avoir atteint le pire avec le déguisement en bouteille d’Orangina de Volta… Et bien non… Le musée des horreurs peut s’enorgueillir de la méga tignasse rousse de Madame Guðmundsdóttir. Après lecture d’un article des Inrocks, on croit comprendre que la grotesque perruque symbolise la lutte de la chanteuse givrée contre le candida albicans (sorte d’infection fongique). Quand elle vous dit que cet album ne parle pas d’elle mais de la nature !

Quant au fameux concept des applis Iphone et autres IPad… Franchement, on reste dubitatifs et peut-être même qu’on s’en fout. L’interactivité entre un artiste et la salle ou entre un album et la scène suffit. Largement.

Note: ★★★½☆