Des amis, de Baek Nam-Ryong (Actes Sud)

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Des amis, de Baek Nam-Ryong (Actes Sud)

Un évènement suffisamment rare pour être souligné : un roman nord coréen écrit pour la population locale et traduit en français. La maison d’édition prend moult précautions pour la présentation de cet ouvrage et entend bien qu’il ne soit pas considéré comme une curiosité. Pourtant… C’est une curiosité !

On pourra toujours pourfendre le mauvais esprit qui s’échine à effectuer des comparaisons. Chez Actes sud, l’éditeur, l’objectif affirmé consiste à présenter un travail littéraire qui mérite d’être observé comme tel. Soit.

Mais quand-même, s’il l’on regarde les choses comme cela, force est de constater que l’histoire ne recèle pas beaucoup d’intrigue(s), que le style en manque singulièrement. L’histoire donc, c’est celle d’un juge du tribunal populaire amené à prononcer un jugement de divorce entre une cantatrice, ancienne ouvrière et un tourneur-inventeur demeuré ouvrier. Sur fond d’hymnes et de reconnaissances multiples au pouvoir de cette grande nation ouverte sur l’avenir, l’intrigue essentielle, celle de l’évolution personnelle de la dame devenant une artiste succombant aux appels de l’intellectualisme (mon Dieu, quelle horreur !) reprend le chemin des conventions. Le juge saura la faire revenir à la raison. Une femme doit revenir à la raison et ses larmes n’y pourront rien changer. Car suppliantes au début, les larmes deviennent celles de la honte. Tout est bien qui finit bien.

Bien sûr, ce juge intègre qui s’interroge lui-même sur ses relations avec sa propre femme (sans jamais dériver vers le terrain de l’intimité) devra se rapprocher du comité local du parti. Il soulèvera à cette occasion une légère injustice, injustice qu’il parviendra à réparer pour que le vaillant ouvrier reçoive la récompense de son labeur à la gloire de la production métallurgique nationale. L’aspect le plus surprenant de l’histoire de ce livre repose là-dessus. Parce que c’est cette petite bravade considérée comme une grave attaque du système et du parti qui a failli conduire à l’interdiction de publication en Corée du nord et à de graves ennuis pour l’auteur. Mais une «intervention officielle» l’a sorti de l’embarras. Saluons ce geste d’une grande mansuétude. Il ne peut que paraître surprenant, voire choquant que cette toute petite chose ait pris de telles proportions…

Ceci dit, d’autres aspects peuvent surprendre, voire faire sourire. Citons la composition des familles dans le roman : toujours un homme, une femme et un enfant (si possible un garçon). Mais le plus confondant reste la place de la femme dans la société, assorti du regard de l’homme : «C’est pour cela, pour avoir une femme, on dit qu’il faut un cœur de paysan qui fréquente le marché et qui sait choisir un bœuf capable de tirer une charrette». D’ailleurs, les femmes on les trouve souvent au détour de ces trois chapitres (Leurs amours, Deux vies, Famille), sous la pluie, dans la rue, avec un parapluie pour accueillir le mari harassé qu’il faudra nourrir convenablement… Enfin, n’oublions pas que ce qui fait la beauté de l’homme, ce sont les traces d’un labeur difficile, «Les épaules rendues solides et larges par le travail, le cou épais, les rides imprimées sur son front et autour de sa bouche comme autant de traces d’un travail honnête, les yeux brillants comme ceux des jeunes…». Un idéal, en somme.

Note: ★★★☆☆

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