Entretien avec Philippe Lioret & Vincent Lindon pour « Toutes nos envies »4 minutes de lecture

Versatile-mag :La bataille juridique par rapport aux organismes de crédit, la trame de l’histoire de Toutes nos envies, a-t-elle vraiment eu lieu ?

Philippe Lioret : Oui, c’est vrai ! Extrait du livre autobiographique d’Emmanuel Carrère, il s’agit bien du travail opiniâtre de deux juges, deux tout petits juges, qui se sont attaqués aux établissements de crédit à la consommation, ceux qui diffusent des publicités pour dire aux pauvres gens que toutes leurs envies sont possibles, jusque dans le moindre désir, pour pas cher. Mais ce n’est pas vrai, puisque, comme des millions, ils se retrouvent surendettés. Après, j’ai complètement écrit le scénario avec Emmanuel Courcol pour montrer que, comme dans la vie, on peut être à la fois touché par une grande cause et par une rencontre. Emmanuel Carrère, quand il a vu le film, m’a dit que c’était une trahison, une belle trahison !

V-M : Lorsque vous êtes dans le travail d’écriture, comment pensez-vous aux futurs spectateurs, à l’impact que l’histoire aura sur eux ?

P. L : Je ne cherche pas à écrire une histoire pour que ça donne un film à succès. Je m’en fous. Ce que je veux, c’est quelque chose d’engagé, que le film montre ou dise des choses, sans forcément les montrer. Par exemple, à la fin de Toutes nos envies, il y a une transmission de la vie, de la famille de Claire à Céline. En mourant, elle lui cède la place et si lui céder sa place d’épouse ça passe aussi par le lit aussi, alors… voilà ! Cela n’est pas dit, mais c’est l’idée transmise…

V-M : Mine de rien, c’est un calme et court passage, mais violent.

P. L. :

V-M : Deuxième film que vous faites ensemble, Vincent Lindon à nouveau Coach sportif… Une nouvelle carrière en perspective ?

Vincent Lindon : Je n’y avais pas pensé ! C’est vrai qu’il y a cette analogie entre Welcome et Toutes nos envies

P. L. : La prochaine fois, ça pourrait être prof de judo…

V. L. : J’ai déjà expliqué pourquoi j’ai aimé faire ces films : un engagement fort. Oui, j’ai envie d’être un héros des temps modernes, celui auquel les spectateurs peuvent s’identifier. Celui qui, plus tard, lorsque je serai mort, reflètera dans les films, l’époque dans laquelle j’étais… Un acteur contemporain. Il y a toujours, dans les bons films, quelque chose de l’époque dans laquelle on vit, dans laquelle on vivait.

V-M : Avez-vous assisté au montage du film, Vincent Lindon ?

V. L. : Certainement pas ! Déjà, parce que je n’aime pas particulièrement me voir, mais surtout parce que c’est une question de confiance dans le metteur en scène. Je fais mon boulot, après, il fait ce qu’il veut de ce qu’il a filmé. A partir du moment où j’ai accepté de tourner avec lui, c’est que j’ai cette confiance-là, justement. J’ai lu le scénario. Il m’a plu et j’ai aussitôt appelé Philippe pour lui dire que je voulais faire le film. Les bons scénarios, ça ne court pas les rues, ou alors je ne suis pas au coin de la bonne rue ! Là, j’attends le scénario d’un polar et d’une comédie. J’aimerais bien jouer dans une comédie, maintenant, mais j’attends…

V-M :Le casting a-t-il été difficile ?

P. L. : Ca représente des mois de travail. Mais je ne crois pas à la composition. Il y aurait des acteurs susceptibles de tenir des rôles de compositions ? Non, je n’y crois pas du tout ! Je sens quand les acteurs sont bons pour le rôle. C’est le cas pour Marie Gillain : c’était elle et personne d’autre. Pareil pour Vincent. C’est quelqu’un – vous pourrez le vérifier pour chacun de ses rôles -, qui a les pieds sur terre, oui, un contemporain. Tous les deux, on peut dire qu’on est nés sur un plateau de cinéma… Disons que nous avons commencé très jeunes, vers 18 ans.

V-M : Vous semblez être parvenus à une grande complicité…

V. L. : Il vaut mieux, parce qu’on est tout le temps ensemble durant le tournage et que c’est très bien de travailler avec ce metteur en scène. D’ailleurs, si je devais passer derrière la caméra, ça voudrait dire que je ne peux plus faire ce travail-là avec le metteur en scène, de rechercher avec lui ce qui peut être le mieux pour la scène, l’entrée, la posture, le temps, le regard, etc.

P. L. : Vincent a la capacité d’être spontanément dans l’intégralité de la scène. Et il est tout le temps présent.

V. L. : C’est pour ça que je ne veux que des premiers rôles, c’est pour être là tout le temps du tournage, le matin, à la cantine, le soir… Tout le temps !

P. L. : S’il n’est pas là, ça manque !

Entretien réalisé le 27 octobre à Toulouse

Photos : Stephane Despax (tous droits réservés)