Festival Les Inrocks Black XS au Bikini : on y était !

Rendez-vous incontournable chaque année, le festival Les Inrocks Black XS se décline aussi en province avec des affiches itinérantes à Nantes, Strasbourg, Lyon, Lille… et Toulouse ! Si la programmation parisienne est exhaustive, les plateaux régionaux proposent généralement une sélection d’une petite dizaine d’artistes qui se produisent sur deux soirées, en principe significatives des choix du festival, entre confirmations et jeunes talents. On a parfois le sentiment de ne ramasser que les miettes de la Capitale. Ce n’est pas le cas cette année. Le Bikini a déjà programmé les semaines précédentes, Anna Calvi, Agnes Obel et François & The Atlas Mountains, qui jouent dans le cadre du festival à Paris, et les deux soirées toulousaines proposées par l’hebdo culturel sont excitantes sur le papier, même si on regrette toujours certaines absences, telles WU LYF ou Timber Timbre.

La première soirée démarre très fort avec La femme, groupe en phase de pré buzz, auquel beaucoup prédisent un grand avenir en 2012. Il faut dire qu’à les voir débarquer sur la scène du Bikini, on a l’impression de vivre un remake du Village des Damnés : La femme propose en effet un univers esthétique très fort, entre imagerie cold wave, post nuke et science fiction. Tous les membres sont blonds décolorés et le batteur garde, pendant les quarante minutes du set, le regard vide des gamins du film de Wolf Rilla. Flippant.

Musicalement, le groupe se situe très clairement du côté des années 80 et enchaîne déjà les tubes potentiels avec une assurance assez insolente. A suivre de très près. Cults propose également une certaine cohérence capillaire, cheveux longs et barbe pour tout le monde, hormis la chanteuse, évidemment ! Ça minaude un peu trop pour être tout à fait honnête, ou ça dissimule la pauvreté de ses morceaux de rock californiens dont on ne retient pas grand-chose, sinon une entrée sur le thème de Twin Peaks d’Angelo Badalamenti et des projections de La nuit du chasseur hors de propos . C’est peu.

On passe aux choses sérieuses avec Laura Marling, qui élève le niveau de plusieurs crans. La jeune Anglaise peroxydée de 22 ans n’est pas venue seule, entourée d’un groupe de cinq musiciens qui réussissent à inscrire une folk traditionnelle inspirée de Joan Baez dans une musique beaucoup plus contemporaine. Laura Marling débute son set avec Rambling Man, comme pour évacuer d’emblée l’attente liée à son titre le plus connu, puis déroule un set autour d’une moitié de chansons issues de son dernier album, A creature I don’t know. Elle impose une évidence mélodique qui la place parmi les meilleures song writers de sa génération, la voix fait des merveilles. C’est magnifique ! Dommage que l’attitude soit si peu chaleureuse : pas un regard ou un mot pour le public, pas un sourire. Laura Marling – manifestement nerveuse – jette un œil à sa montre et annonce la fin du set après I speak because I can sans jouer All my rage, pourtant inscrit sur la set list. Elle ne se baissera pas non plus pour ramasser une poignée de roses jetée à ses pieds par un fan énamouré.

Tout le fan club toulousain de James Blake semble s’être donné rendez-vous dans les premiers rangs du Bikini ce soir. Quand le jeune prodige du dubstep anglais monte sur scène à 23 H 30 passés, il est accueilli par une ovation, des cœurs dans les yeux et les paroles de toutes ses chansons reprises en cœur par un public acquis d’avance. En revanche, on ne s’attendait pas à vivre une telle expérience physique lorsque la première ligne d’infra-basses surgit des subwoofers. Jamais on n’a ressenti à ce point de façon viscérale une musique qui provoque les ondulations de tous les spectateurs, comme soumis à des secousses sismiques. Heureusement, la musique de James Blake ne se limite pas à ces moments telluriques mais peut s’apparenter à une forme de soul moderne, qui fait la part belle au piano, au travail sur les textures sonores et aux modulations de la voix, aux pauses, aux silences… On a réellement l’impression d’assister à une proposition inédite, nouvelle, en avance sur son temps.

Après cette première soirée variée en termes de styles musicaux, de surprises et de confirmations, on arrive plus tardivement au Bikini le lendemain. On a raté Dunst, groupe local remplaçant au pied levé Foster the People qui a annulé son déplacement. Quand on entre dans la salle, Morning Parade est déjà sur scène, donnant l’impression de ne pas jouer devant quelques centaines de personnes mais devant un stade plein à craquer. Il y a quelque chose de grotesque à vouloir singer le U2 période rock héroïque, avec ces guitares aériennes, ce batteur qui cogne sur ses fûts comme un galérien sur son tambour, ce chanteur aux inflexions ridicules dans la voix, bombant le torse comme à un concours de muscu. Un peu hors sujet, surtout dans le cadre du festival des Inrocks, Morning Parade trouverait davantage sa place dans un line up aux côtés de Muse ou de Placebo.

Ce soir, le public est venu majoritairement pour voir Miles Kane, à en juger la foule qui se presse au pied de la scène et au triomphe qui accueille l’entrée du groupe. L’ex Rascals qui a aussi collaboré avec Alex Turner des Artic Monkeys sur The Last Shadow Puppets démarre pied au plancher un set de cinquante minutes qui aurait mérité d’être raccourci. Car après un démarrage tonitruant, d’une immédiateté et d’une énergie folle, la brit pop que produit le groupe épuise sur la durée. Non pas que Miles Kane et les siens trahissent une baisse de régime en plein concert, non. Au contraire, c’est la vitalité du groupe qui est usante à la longue et trouve une concurrence directe avec Friendly Fires qui joue en clôture du festival. Le public est plus clairsemé pour assister aux déhanchements et au jeu de scène bondissant d’Ed Mcfarlane, le chanteur du groupe qui se retrouve, dès le troisième titre, au milieu des spectateurs, en sueur. L’electro pop euphorisante de Friendly Fires est plaisante, mais on aurait aimé que la programmation de ce deuxième soir ne soit pas univoque à ce point. D’autant plus dommage que les choses avait bien commencé, la veille.

Crédit photos : Laura Marling et James Blake : Frédéric Rackay/ Miles Kane : Stéphane Despax (tous droits réservés)

Festival Les Inrocks Black XS – Toulouse, Bikini :

Lundi 7 novembre 2011 : La Femme, Cults, Laura Marling, James Blake

Note: ★★★★☆

Mardi 8 novembre 2011 : Dunst, Morning Parade, Miles Kane, Friendly Fires

Note: ★★☆☆☆