Le premier plan de La source des femmes nous dit « Il était une fois »… Du haut d’une colline, la caméra observe un village en contrebas, puis zoome pour s’en approcher. Aucun indicateur de temps ni de lieu mais la présence de téléphones portables suggère que l’histoire se déroule aujourd’hui et la langue parlée permet de penser que nous sommes au Maghreb. Le spectateur est invité par ce mouvement de caméra à entrer dans ce village qui est celui d’un conte oriental, et donc symbolique. Les femmes en ont assez d’aller chercher l’eau à la source en haut de la montagne en portant des seaux sous un soleil de plomb. Menées par Leila, une jeune mariée, elles décident de faire la grève de l’amour tant que les hommes n’apportent pas eux-mêmes l’eau au village.

Cette fable réalisée par Radu Mihaileanu lui permet d’entrer en résonances avec de nombreux sujets contemporains qui traversent régulièrement l’actualité et qui secouent le monde Arabe : la place de la femme dans la culture musulmane, leur rapport au corps et à la sexualité, l’interprétation du Coran, la position des imams, le port du voile, la montée des extrémismes, la corruption… Mais sous couvert de licence poétique, le film ne cherche pas à condamner ni à prendre position et ne s’engage jamais sur le terrain de la politique. En se réfugiant derrière les conventions de la fable, La source des femmes évite soigneusement son sujet pour se satisfaire d’un optimisme un peu naïf : musical et coloré, le film ne suscitera pas le débat voulu.

Radu Mihaileanu est pourtant un homme passionné, généreux et honnête, qui s’est posé la question de sa légitimité à mettre en scène une telle histoire. Lui-même juif hongrois, il s’est longuement documenté sur la question religieuse du film, a séjourné dans un village marocain pour s’imprégner des lieux, des coutumes et recueillir la parole de ses habitantes pour en nourrir le scénario. Si son amour des femmes transparait dans le film par la beauté et la sensualité qui s’en dégage, La source des femmes s’abstient hélas de toute polémique en se satisfaisant de ce message féministe un peu convenu.

Quand on écoute Radu Mihaileanu nous parler de son film, on ne peut en tout cas pas remettre en cause l’intégrité de sa démarche et l’intelligence de son propos. Le réalisateur est très disert et communique très facilement son enthousiasme dans un flot verbal exalté et chaleureux, sans chercher à convaincre. Juste en nous faisant comprendre sa vérité, loin de tout manichéisme, une vision définitivement optimiste qui nous fait aimer La source des femmes malgré la légèreté de ses partis pris formels et narratifs.

Ecoutez l’interview de Radu Mihaileanu :

Propos recueillis le 7 octobre 2011 à Toulouse.

La source des femmes, actuellement en salles.

Note: ★★½☆☆