[Contre] Shame3 minutes de lecture

Après l’extatique Hunger, caméra d’or à Cannes, Steve McQueen nous livre Shame – «Honte» – avec Michael Fassbender (Brandon Sullivan) et Carrey Mulligan (Sissy Sullivan).

Shame ne résiste pas au cliché et tente d’aborder – une fois de plus – la relation complexe entre deux membres d’une famille de sang immigrés à New York : un yuppie, Brandon Sullivan, visiblement blasé et amateur des variations Golberg et sa sœur, Sissy Sullivan, artiste chanteuse, donc nécessairement ultra sensible, instable et suicidaire. Le corps du frère est entretenu, musclé, glabre, aussi désincarné qu’un flux financier. Celui de la sœur est «bio», n’a subi ni transformation esthétique, ni épilation. Leurs retrouvailles, occasion de filmer la confrontation entre deux identités séparées, restent celles de deux stéréotypes qui n’évoluent pas.

Cette intimité familiale est filmée pour l’essentiel dans l’espace d’un appartement. Chaque pièce constitue la scène d’un conflit, qu’il s’agisse du refus de Brandon de partager la proximité physique de Sissy dans la cuisine, ou d’accéder à ses demandes affectives dans la chambre. Cette sœur envahissante laisse traîner ses affaires, invite le patron de son frère dans sa chambre, ouvre par mégarde la porte de la salle de bain et surprend Brandon en train de se masturber. Ces banales scènes de colocation pourraient prendre de l’épaisseur du fait de l’évocation du passé des protagonistes, nourris de leur déracinement et de leur fraternité. Mais celle-ci n’est pas réellement signifiée. Restent une énième vue de New York et une énième interprétation du titre éponyme New York New York, dans un énième building de verre.

Qui est cette sœur ? Qu’est-ce qui la pousse à une tentative de suicide ? Pourquoi ce frère verse-t-il des larmes ? Quelle est la nature de leur relation ? De quelle «honte» parle-t-on, au final ? S’il s’agit de celle liée aux humiliations vécues par les protagonistes, elle reste largement hors cadre et n’occupe aucune place ni à l’image ni même hors-champ.

Que nous montre-t-on au-delà de ce spectacle rebattu de l’intimité ?

Peut-être la ville de New-York, mise en valeur par une photographie qui, si elle n’a rien d’original, reste soignée. Le film, qui commence dans un appartement de New-York, ville éternellement illuminée, se focalise sur l’image iconique du tronc d’un homme à demi recouvert d’un drap blanc impeccable. Le spectateur est pris dans l’alternance de la pénombre et de la lumière, cycle qui marque la temporalité même du quotidien de ce héros moderne. Si cette illustration du temps évoque le recommencement, l’accumulation et la durée, cette représentation disparaît cependant d’une séquence à l’autre au détriment du spectateur. Reste alors une succession de situations banales mais plastiquement séduisantes où notre héros traverse New-York : bar tapas, fascinant jogging nocturne, suite aquarium à la vue imprenable sur un port, restaurant français branché ou rame de métro…

Au bout du bout de cette succession de plans, restent quelques scènes à l’érotisme pudibond et désincarné : sexualité en solo, en duo, en trio, avec des blanches américaines, des afro-américaines, des asio-américaines, et à défaut… des américains.

Note: ★½☆☆☆