L’exercice de l’état (dvd/ Diaphana)2 minutes de lecture

Sélection «Un certain regard» du festival de Cannes 2011, le film sort à présent en DVD et en Blu-ray. Une bonne occasion de se plonger dans l’univers de la haute politique si le rendez-vous au cinéma a été raté.

Une chose est sûre, il faut disposer d’un minimum d’intérêt pour ces sphères de la très haute fonction publique – celles du pouvoir – pour apprécier ce long métrage.

L’histoire démarre sur les chapeaux de roues avec un drame routier qui appelle une parole publique, celle du ministre des transports. L’entrée en matière s’avère rude et c’est tant mieux : les personnages sont campés dans le feu de l’action durant lequel le spectateur devra comprendre qui est qui. Au-delà de la question de la distribution, chaque personnage tient un rôle. On déduit que celui aux lunettes, qui parle comme un ministre est bien ministre. L’espèce d’excitée qui lui tourne autour est bien la chargée de communication, etc, etc.

Une mise en scène remarquable de précision assurée par Pierre Schöller conforte le scénario écrit par lui-même, d’ailleurs récompensé par un césar cette année… Adossée à des acteurs tout aussi remarquables, l’intrigue fonctionne. Citons Olivier Gournet, ministre actif, plutôt ouvert, humain et proche du terrain, Michel Blanc (César du meilleur second rôle), son directeur de cabinet, confondant d’abnégation et Zabou Breitman, la fameuse excitée mentionnée plus haut…

Les arcanes du pouvoir illustrées en 92 minutes par l’envers du décor des ors de la république. L’humanité manifeste de ce ministre des transports que nous suivons tout au long du film se laisse happer par la poursuite d’une ascension politique, émaillée de heurts avec les confrères, ses concurrents. Cela confine à l’aveuglement, mais celui qui s’en sortira devra développer la plus grande capacité à avaler son chapeau. Notre ministre des transports se sort de mieux en mieux de ces embrouilles, malgré de cuisants retours aux réalités.

Ce jeu politique sur fond de velours peut dégoûter. Il peut aussi présenter un attrait de par le réalisme saisissant dans lequel il se situe. Les noms et les physiques diffèrent, certes, mais le contexte et les rôles collent parfaitement à l’actualité récente et présente : la crise, les conflits sociaux, les concepts économiques, les lobbies, le pantouflage. Rien ne manque.

Pour son troisième film, Pierre Schöller réussit l’exercice, sinon de l’Etat, du moins de réaliser du beau boulot.

En bonus : un diaporama commenté, des scènes coupées, des scènes commentées et des lectures de Michel Blanc.

Note: ★★★★½