Etre et avoir été

Banga, ce sont douze titres merveilleux et nouveaux de Patti Smith. L’album est littéralement scotchant. Pas besoin de seconde écoute pour accrocher. On est bien loin du trop difficile Trampin’ ou du trop dégagé Twelve. A l’écoute des chansons, on se rend vite compte que cette femme n’hésite jamais. Le rock, la ballade country, de la soul et du jazz… C’est éclectique mais toujours à fond.

La voix punk-rock de cette icône de l’Underground new-yorkais est aussi à son apogée. Il y a toujours le scandé de la poésie issu de la beat génération et les modulations rauques de la contestation qui se superposent parfois à un timbre planant et cristallin. A 65 ans, le seul changement notable – dans ce mystère qu’est la voix de Patti Smith -, ce sont ces accès de douceur qu’elle n’avait pas à l’époque de Horses ou même de Dream of Life.

Patti Smith, lors de son récent passage à Paris confiait aux journalistes que Fuji-san, chanson sur le Japon post catastrophe, «est le croisement d’un chant de guerre et d’une caresse».  Banga est à cette image.

Banga est avant tout un album-hommage. Dans Maria, elle chante la jeunesse et la complicité qui l’unissait à la comédienne Maria Schneider morte l’année dernière. Amy Winehouse prend, elle, les honneurs d’une ballade légèrement swingué tombant tout droit des sixties. Banga, aussi le titre d’une des chansons de l’album, est le nom du chien dans Le maître et Marguerite de Boulgakov.

Banga est avant tout un album-hommage, mais en aucun cas, un album de deuil comme l’artiste définissait elle-même ses productions de 2004 (Trampin’) et celles de 1996 (Gone Again).

Constantine’s Dream se pose en digne successeur des plus belles odyssées rocks des Doors ou même de Noir Désir. Ce morceau fleuve (10 minutes) est une mélopée envoutante, une méditation en partie improvisée sur l’art, sur la nature et sur le matérialisme. Inspiré par l’artiste Piero della Francesca, l’homme d’Eglise Saint François d’Assise et le navigateur Christophe Colomb, le morceau pourrait s’avérer casse-gueule. Mais Patti Smith s’y implique tellement qu’à aucun moment, on ne tombe dans les travers du poème méchamment perché.

L’album aurait d’ailleurs pu se terminer sur cette montée en puissance. Malheureusement l’ex- papesse de l’Underground clôture son disque par une reprise carrément cucul d’After the Gold Rush de Neil Young.

On peut être et avoir été. Patti Smith nous le prouve avec son nouvel album. Voici donc une icône des années soixante-dix qui ne s’est pas statufiée. Le disque ressemble à une éruption aux chansons chaudes comme la lave qui témoignent de la sensibilité, de l’émotion et du besoin d’inventivité de la dame.

Nous voilà bien loin ici de Marianne Faithfull qui après avoir relancé sa carrière avec les très surprenants Vagabond Ways, Kissin’ Time et Before the Poison s’est figée dans une posture grotesque.

On peut être et avoir été ou alors un peu des deux, car parfois ce n’est pas si simple. Continuons cette chronique par le cas d’Iggy Pop. Le groupe qu’il forme avec The Stooges se porte plutôt pas mal depuis leur comeback réussi en 2007, avec The Weirdness. Quand il s’agit de garage rock et de punk, Iggy and the Stooges assurent comme à l’époque de Raw Power. Par contre comment ne pas être dubitatif à l’écoute de Après, le disque solo de reprise d’Iggy Pop.

Entre la plaisanterie et la faute de goût, on hésite encore. En tout cas, on s’emmerde ferme à l’écoute des 10 chansons de l’album. Alternant reprises françaises et anglophones, l’ex survolté ne passe pas son examen de crooner. Molle diction d’un chanteur qui ne semble pas concerné par ce qu’il chante. Nous sommes bien loin du très maîtrisé Préliminairesinspiré par le roman de Michel Houellebecq, La possibilité d’une île.

A l’écoute d’Après, la déception est violente et la fumisterie si flagrante qu’on a envie de proposer à l’iguane de prendre sa retraite (au moins en ce qui concerne sa carrière solo), comme son pote Bowie, assez intelligent pour avoir tiré sa révérence suite aux trop vides Heathen et Reality.

Pour prolonger le délice d’écoute du nouvel album de Patti Smith et pour vous laver les oreilles après les reprises d’Iggy Pop, on ne saurait trop vous conseiller deux rééditions magiques.

Electric Warrior de T. Rex est une petite bombe. Ce disque de 1971 signe l’adieu aux mièvreries des années soixante et pose les bases du rock glam. Musique flamboyante dont Bowie incarnera l’apogée avec The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars. Les deux albums donnèrent une sexualité à la musique.

La réédition du chef d’œuvre de Bowie est assez sage. Elle comporte un nouveau remastering et sur un DVD bonus, un «mix 5.1 et version haute résolution audio». Sûrement essentiel…

Electric Warrior propose des bonus un peu plus accessibles, comme des morceaux live, des faces B et un livret.

Patti Smith – Banga

Note: ★★★½☆

Après – Iggy Pop

Note: ☆☆☆☆☆

Electric Warrior – T. Rex

Note: ★★★½☆

The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars – David Bowie

Note: ★★★½☆