L’inconscience, de Thierry Hesse (Ed. de L’olivier)

Marcus et Carl sont deux frères d’une cinquantaine d’années. Carl fait une chute et se trouve dans le coma. Cet événement tragique va pousser son frère à se remémorer le passé…

A la recherche d’une explication ultime, cette lecture de vie à la lumière d’un coma devient un fantastique puzzle dans les mains du lecteur qui perd toute sa supposée passivité.

Avec Thierry Hesse il faut être bien accroché. Ses romans, un brin rock n’roll partent émotionnellement et géographiquement dans tous les sens. L’inconscience de ce coté-là ne déçoit pas.

Histoire familiale, mais pas seulement. L’art de la digression de l’auteur nous entraine dans une multitude d’univers. Metz, Roubaix, Barcelone seront décrites alors que les péripéties d’une mutuelle, l’attirance d’un professeur pour ses élèves, les changements sociaux de la société française de ces quarante dernières années constituent la toile de fond de ce roman fleuve pas si tranquille.

L’accident du cadet va pousser l’aîné à raconter la vie (forcément extraordinaire) d’une famille parfaitement ordinaire. Thérapie ou investigation, bien vite l’important ne se situe plus là. L’essentiel, c’est le souffle, le rythme de cette grande histoire qui se brise en anecdotes. Les sept chapitres sont autant de fausses pistes passionnantes. Les vies pas aussi bien réglées qu’on voudrait nous le faire croire ne s’éclairent ni se livrent facilement.

Thierry Hesse n’a pas son pareil pour disséquer les relations entre deux frères qui ne s’aiment ni ne se détestent. Cet entre-deux, ce terreau des fratries, mélange de tendresse et d’incompréhension permet à l’auteur d’asseoir son talent de narrateur qu’il agrémente avec justesse de réflexions tantôt acides, tantôt drôles.

Nous pouvons parfois décrocher ou nous sentir perdus à la lecture de ce roman ambitieux souvent trop dense, mais bien vite nous replongeons dans cette chronique brillante où l’intelligence reste au service du cœur.

Les amateurs de bonne musique (The Black Keys, Ben E. King, T.Rex, Neil Young) seront eux aussi ravis.

Digne successeur de Démon (déjà une histoire de généalogie) L’inconscience dans un style paradoxalement aussi précis (incisif à certains endroits) que fouillis prouve que dans le trivial de la vie se cache le romanesque.

L’inconscience, de Thierry Hesse (Editions de L’Olivier) – Sortie le 23 août 2012

Note: ★★★★☆