70 % acrylique 30 % laine, de Viola Di Grado (Ed. du Seuil)

La sensation de la rentrée littéraire ? Il parait que c’est elle : Viola Di Grado, l’auteure de 70% acrylique 30% laine. Nous ne savons presque rien de cette sicilienne de 24 ans, sauf qu’elle a secoué le monde littéraire italien l’année dernière lors de la parution de ce premier roman.

Une nouvelle Amélie Nothomb ? On pourrait le croire tant la demoiselle joue sur son look. Capuche de petit chaperon rouge, noir à lèvres façon Morticia Adams, robe de crêpe sombre, regard inquiet et longs cheveux blonds… Voici donc à quoi ressemble Viola Di Grado sur la photo sur le rabat intérieur du livre. Le plan de com’ est en place. Pour le moment nous ne savons pas encore si elle aussi, comme sa consœur belge, se régale de fruits blets. Tout est parfaitement bien étudié comme le rappel du motif du ciseau ornant sa coiffe sur la couverture.

Toute cette mise en scène peut rebuter. A-t-on déjà vu Marguerite Duras porter un t-shirt estampillé Quai D’Orsay pour promouvoir la sortie de Le Vice-Consul ?

Étoffes et poésie. Mais qu’y a-t-il dans 70% acrylique 30% laine ? D’abord un style assez novateur ou du moins qui correspond parfaitement à l’histoire racontée. Les mots rythmés, presque trop ramassés sur eux-mêmes, offrent une lecture sans temps mort. Plus qu’un énervement ils expriment une rage, la déclinent à l’infini. Pour une « lecture balade«  il faudra repasser. On frise parfois la maladresse, mais pour un coup d’essai, c’est assez bluffant. Le lecteur trouvera sûrement a redire sur les choix stylistiques, mais la rigueur syntaxique et la richesse de sa prose et du système qui en découlent sont d’une totale cohérence. Nous sommes ici bien loin du tic ou de la pose d’écrivain. La traduction du roman a été confiée à Nathalie Bauer. Cette dernière participe pour beaucoup de l’euphorie que l’on peut ressentir en lisant cette première livraison française de Viola Di Grado, tant elle semble s’effacer tout en trouvant le liant nécessaire pour ce rendu dans notre langue.

Le deuxième intérêt du livre provient de son histoire légèrement toquée. Du crash au clash pour finir sur une longue renaissance gentiment trash. Nous suivons le parcours de deux femmes traumatisées dont l’une passe son temps à photographier des trous, tandis que sa fille fabrique des vêtements en les découpant dans d’autres. Cette dernière va rencontrer deux jeunes frères chinois qui vont lui redonner l’envie de mots donc de vie. La noirceur et le comique des situations vont transformer le tout en petits moments de poésie. 70% acrylique 30% laine est avant tout une histoire de langages. Lentement la mère délaisse son alphabet muet pour reprendre ses partitions de musique tandis que Carmelia, sa fille, s’ouvre à la magie des idéogrammes et surtout de leurs clefs. On pourrait croire a un conte de fées, mais ce serait oublier que l’amour peut être aussi compliqué et monstrueux que les tenues que la jeune fille se crée.

Malgré quelques pages superflues et un rebondissement en trop, 70% acrylique 30% laine est une bonne surprise, un des textes les plus barré, croquant et rafraichissant de la rentrée littéraire.

Note: ★★★★☆