Tous les diamants du ciel, de Claro (Actes Sud)

Avec CosmoZ, son précédent roman, Claro avait réussi un tour de force inouï en revisitant la première moitié du vingtième siècle du point de vue des personnages du Magicien d’Oz – Dorothy, le tin man, l’épouvantail et le lion peureux – précipités dans un monde cataclysmique dont le chaos était signifié par les motifs de la tornade et de la bombe nucléaire. L’auteur y manifestait une ambition et une invention assez rares dans le paysage de la littérature française, portées par un verbe qui emportait tout sur son passage, à la fois d’une immense violence et d’une grande poésie. Il était donc permis d’attendre son nouvel effort, Tous les diamants du ciel avec optimisme, d’autant plus qu’il s’annonçait comme une continuité logique de son précédent, chronologique en tout cas. Il commence en effet en 1951 et se termine à la fin des années 70, période que Claro examine à l’aune du sexe (et plus particulièrement du début de sa mercantalisation avec les sex shops) et de la drogue (le LSD).

Le roman commence à Pont Saint Esprit, dans le Gard, où toute la population est soudain prise de folie après avoir mangé le « pain maudit«  cuit par Antoine, jeune mitron orphelin obsédé par une statue de la vierge. La seconde partie nous permet de faire la connaissance de Lucy Diamond (!), fugueuse junkie réfugiée à New York où elle est recrutée par un agent de la CIA afin de lui rabattre des cobayes pour des expériences psychologiques sous LSD. Claro lance un pont inattendu entre l’intoxication alimentaire des habitants de Pont Saint Esprit – dont l’ergotisme, une maladie du seigle a longtemps fourni l’explication officielle – avec les tests menés par la CIA pour permettre le contrôle des esprits (nous sommes en pleine guerre froide). L’épisode du«  pain maudit«  aurait été la conséquence d’un épandage de LSD dans les champs de blé par l’agence gouvernementale américaine pour tester à grande échelle les effets du produit.

Les cent premières pages du roman prolongent le très haut niveau de travail sur la langue et le rythme commencé par Claro sur CosmoZ. On retrouve un sens de la folie identique, une même façon d’interroger le mythe et la réalité, une écriture très physique, un sens du mouvement et de la construction qui font de la lecture du roman une expérience unique, même quand Claro travaille davantage ses motifs comme un maître joaillier aux dépends des fils d’une narration classique. C’est cependant dans la rencontre entre Antoine et Lucy que Tous les diamants du ciel devient problématique. Claro nous fait entrer dans le Paris de 1969 par un grand travelling très cinématographique mais son mouvement d’appareil coince, grince et ne parvient pas à réussir la jonction entre le Sud de la France de l’immédiat après-guerre et l’Amérique du Flower-power. Ces deux-là – mondes, personnages – ne se rencontrent pas vraiment, ni histoire d’amour, ni vraiment rapport d’amitié, le roman ne sait plus comment joindre les deux bouts.

Claro mélange tout et rien, les premiers sex shops parisiens, une déambulation dans un marché du sexe à Copenhague et les premiers pas de l’homme sur la Lune, la guerre d’Algérie et les essais nucléaires français dans le désert du Tanezrouft sans que ça ne fasse réellement sens. On voit bien que le livre voudrait agir sur nous comme un psychotrope en se jouant de nos sens, de notre perception et de la réalité, mais le twist qui conclut le parcours halluciné d’Antoine se révèle être un moyen par trop commode pour justifier ce qui précède. Au final, des effets d’une prise de produit hallucinogène auquel il aimerait se comparer, ne subsiste du livre qu’un bad-trip d’autant plus désolant qu’il nous a d’abord conduit très haut.

Note: ★★☆☆☆