Le maquillage de l’horreur : « American horror history »7 minutes de lecture

Les orgueilleux créateurs de la série télé American Horror Story, Ryan Murphy et Brad Falchuk annonçaient un renouveau du genre afin de réveiller les spectateurs devant la télévision… Diffusée depuis le 5 octobre 2011 sur la chaîne FX et le 5 mai 2012 sur Ciné+ Frisson puis, comble de l’horreur, la saison 1 sera disponible en DVD et Blu-ray le 24 octobre.

Avant de se jeter maladroitement à cœur, corps et finances dans les bras de Jessica Lange, faisons le point. Un Golden Globe en 1977 pour la « révélation féminine de l’année » dans King Kong de John Guillermin et un Golden Globe en 2012 (« meilleur second rôle » dans cette série) et entre les deux titres honorifiques, 35 années, assurance d’une réussite politique pour la série télé d’horreur ?

Une présence qui rappelle de loin Gena Rowlands qui incarne Gloria, la pute-mère chez John Cassavetes. Jessica Lange sort du huis-clos imposé par le récit d’American Horror Story. Elle s’extrait de l’univers horrifique de la série, vit sa propre histoire. Elle est la voisine, Constance. Nous épions les conversations dans sa cuisine. Nous sommes les témoins de ses moindres gestes. Épisode après épisode, la crasse apparaît. Constance dévoile sa vie ratée d’actrice du cinéma, perturbée par la naissance d’une enfant trisomique. Elle devient mère tyrannique enfermant sa fille dans un placard envahi de miroirs. Elle est effrayante dans sa capacité à canaliser et à appliquer ses réprimandes, ses violences aigres et maitrisées. Aucun éclat de folie.

A part cette mère terrifiante, un autre personnage tient le spectateur médusé pendant toutes ces heures de niaiseries : Frances Conroy alias Ruth O’Connor-Fisher de la monumentale série Six feet under. Là, elle incarne un personnage « miroir », elle est le reflet et la forme des fantasmes de l’autre. Effrayante. À l’image, cette créature se présente au spectateur sous différentes identités, chacune en fonction du personnage qu’elle approche.

Après, c’est d’un ennui épouvantable ! Même le personnage central, la maison. La mécanique est simple, une personne meurt dans la maison, son esprit reste prisonnier pour l’éternité et y côtoie tous les fantômes de la battisse. Et tous ces revenants cohabitent avec le vivant : les nouveaux locataires. Gros millefeuille bien tassé de chacune de ces vies, vivantes ou mortes, qui agissent suivant leur propre intérêt. Les nœuds relationnels, voilà le fond de l’intrigue.

Épouvantable petite boutique des horreurs, malade de ses propres nausées. Une étudiante tombe amoureuse du docteur marié. Ils couchent ensemble dans la chambre conjugale. La femme du docteur rentre et le voit, lui, en pleine jouissance. Cette relation adultère amène la petite famille trahie à acheter la maison hantée. Donc changement de décor, on passe de la résidence ultrachic à la maison de la Famille Adams.

La famille éternellement trahie par le mâle de la maison se compose de l’indétrônable teenager, (bien sûr) mal dans sa peau, raide amoureuse de « Kurt», un gars suivi par un psy qui n’est autre que l’horrible papa-trompeur. Au bout de quatre épisodes – c’est long dans une série – l’adolescente s’aperçoit qu’elle n’est pas en dépression. Pas du tout : en fait, elle s’appelle Gasper et elle son corps est en train de pourrir dans les fondations de la maison. Très convenu, dans une baraque remplie de fantômes, il ne faut pas changer les meilleurs recettes. Comme The others d’Alejandro Amenabar.

Puis vient la mère, rôle féminin bien campé, celui d’une femme d’intérieur, genre : «Je suis tellement débordée dans cette grande maison… Je loue gratuitement les services d’une femme de ménage qui arrive de nulle-part. – Frances Conroy est l’esclave moderne – Je fais de la déco pour passer mon temps. Ainsi, je me sens utile et je ne pense plus à la trahison de mon mari. Et qu’est-ce-que je découvre derrière la tapisserie ? Oh mon dieu… Des peintures de l’enfer !». Même la maison est pourrie de l’intérieur. Physiquement, elle est l’hybride de Marie-Madeleine et d’une juriste-quaker. Elle est paranoïaque, d’un caractère irrémissible qui rêve la nuit de viol. Attention vos yeux, la blessure due à l’adultère de son mari est représentée par un homme en combinaison intégrale de latex noir qui la fourre sauvagement. Elle adore ça et ça la trouble. Fou rire assuré : elle croit avoir rêvé, elle est seule et délaissée dans son lit, en nuisette, la chevelure tombant sur l’édredon. Image bien conservatrice qui crie aux cerveaux des téléspectateurs : « Quoi ! Une femme qui aime le viol conjugal !».

Le violeur, c’est Kurt, la passion suicidaire de la fille, qui se cache sous cette combinaison de latex achetée par ailleurs par « les homos de service » pour égayer leur platonique et volatile vie de couple.

À l’avant dernier épisode, il y a un « suçage » complet et sans honte d’un scénario de film : la mère de famille, cocufiée et infidèle dans ses songes, met au monde l’enfant du diable… Les scénaristes de cette mauvaise pipe ont oublié d’appeler la mère Rosemary !

Après, c’est un fatras et un collage grossier de personnages encore plus bêtes et méchants : un chirurgien toxico, un couple de mecs infidèles désirant la maternité, un enfant autiste caché dans le grenier, un maître-chanteur célibataire, une star assassinée, une amante hystérique et envahissante à bout de nerfs car elle veut un bébé, un gigolo et une femme couguar, etc.

Au fond de cette mare, tout tourne autour de l’enfantement, de la maternité, de l’origine et de l’indécrottable normalité contre la perversion. Ces douze épisodes contiennent une dose mortelle de paranoïa. La même recette que les magazines de société : attention, il n’y a que des pervers chez vos voisins. Ne sortez plus. Attention. L’espace public est un champ de bataille afin de protéger la comédie burlesque d’une société du spectacle. Attention. Si ce ne sont vos voisins – qui ne peuvent plus venir chez-vous pour vous égorger car la police protège l’espace public -, qui peut vous vouloir du mal ?

La série ne permettra pas de prendre du recul afin de regarder nos propres angoisses, de réaliser comment est instrumentalisée la peur. American Horror Story est une propagande de la peur maquillée en petite boutique de l’horreur graphique, elle ne se mesure pas à la perception d’un humain qui subit des violences sociales, elle ne se soucie pas des transformations irréversibles dû à un choc. Elle s’enterre sur la sensation de l’enfermement, de l’appréhension d’un proche, de l’effroi dans la répugnance du corps, nous laisse avec stupeur, une sensation morbide où les humains ne sont que des objets assignés à des fonctions.

Non, encore du fiel ! La deuxième saison est en gestation. Et ça se passerait où ? Apparemment dans un asile. Y aura t-il de prévu dans le scénario tous les stéréotypes oubliés de la première saison ? Par exemple, un ancien taulier black qui martyrise des patients, anciens membres du ku-klux-klan. Une star du porno à la retraite, internée car trop brutalisée lors des tournages, hantant les camisoles de force. Une mère ado, elle a un dédoublement de personnalité car elle refuse de reconnaître un infanticide, donc elle fait des dessins trop bizarres avec ses menstruations, au fond de sa cellule, ensuite le sang resurgit 20 ans après, dans les douches collectives. Allez, on y va : no limit !

American horror history – Saison 1, sotie le 24 octobre en dvd et blu-ray (20th Century Fox)

Note: ★☆☆☆☆