Rover – Toulouse, Connexion Live – 14 novembre 2012

Il y a du monde au Connexion Café ce mercredi, qui piétine encore devant le guichet aux alentours de 20 heures passées , un joli petit public bigarré. Car sont rassemblés aussi les supporters de l’équipe de France qui prolongent l’apéro en matant le début du match amical France –Italie sur la terrasse couverte , les pintes posées sur les gros bidons qui servent de tables dans un décorum vaguement vintage indus. L’ambiance est franchement sympathique , amplifiée par un redoux inattendu pour la saison. Le contraste entre les deux évènements prévus à quelques mètres l’un de l’autre s’avère plutôt rigolo. En lui même, le public qui se déplace pour assister au concert toulousain de Timothée Régnier alias Rover ne semble pas si homogène que ça non plus : des jeunes , des moins jeunes, des fans de rock burinés, des étudiantes charmées par ce nouvel artiste singulier, révélé dès ce printemps par la sortie saluée (« unanimement » qu’ils disent) de son premier album et un concert remarqué pour son intensité au printemps de Bourges.

On se rapproche de la scène pour voir I ME MINE, le trio pop qui assure la première partie. Ils ont la vingtaine mais ça ne s’entend pas : leur musique lorgne vers une espèce de power pop sixties ultra référencée, une exécution nerveuse, des mélodies réminiscentes des Kinks ou des Beatles, le tout avec simplicité et bonne humeur. Le chanteur guitariste a du coffre, son timbre dans les graves est plutôt agréable, le bass-hero nous gratifie de plusieurs solos fuzz sur le bas du manche tandis que son acolyte batteur soutient une rythmique sèchement minimale. De très bonnes vibrations se dégagent de la prestation même si on frise régulièrement le pastiche un peu vain. On s’achemine rapidement vers la fin du set. Et comme ils sont souriants , naturels et pas frimeurs pour un sou, on les applaudit bien fort.

D’ailleurs, la journée officielle de la gentillesse ( c’était la veille) semble se prolonger de 24 heures ce mercredi soir tant Rover qui monte maintenant sur scène suscitera lui- même des élans de tendresse parmi ses fans.

On s’aperçoit d’ailleurs assez vite que pour grande partie, les spectateurs ne sont pas de simples badauds vaguement rameutés par un des mini-buzz de l’année , mais bel et bien des fans déjà conquis par ce nouveau héros et son disque éponyme. Certain(e)s connaissent les paroles par cœur et ont l’air de suivre la tournée.

Un disque à la beauté « lunaire et flamboyante » disaient les pages culture de Paris-Match. Car Rover s’est retrouvé partout (télé, presse spécialisée et généraliste) du jour au lendemain, comme s’il venait subitement combler un manque, une urgence. Peut-être que Rover incarne ou anticipe à sa façon le retour de la popstar (marre de ces wagons de clones fabriqués en série depuis les années 2000!). Celle dont on scrute le visage sur une pochette de disque. Le personnage unique et singulier que l’on identifie au premier clin d’œil. Rover, avec sa carrure de Rugbyman, son charisme élégant emprunt d’une touche de fragilité (il ne ressemble donc en rien à Depardieu), ses allures de poète maudit du 19ème siècle, ses multiples vies pour sa petite trentaine ( il a vécu au Liban, à New-york, en Allemagne , aux Philippines…) possède les atours pour répondre à cette attente.

Il raconte timidement à la fin du premier morceau qu’il n’était jamais venu à Toulouse , qu’il trouve la ville magnifique et qu’il reviendra : un chouette type on vous dit. C’est Late night Love qui ouvre le set, mi-figue mi-raisin, déjà pas la meilleure sur disque. Mais la présence du chanteur accapare l’attention, tout comme sa voix qui d’emblée, étonne par son assurance et séduit par ses variations. Il est accompagné de 3 musiciens : basse , guitare, batterie. Le guitariste assure des harmonies vocales acrobatiques mais très réussies sur un ou deux morceaux. Le batteur est bon, plutôt sobre.

Rover se saisit régulièrement de sa Rickenbaker modèle John Lénine en alternance de son clavier placé sur côté droit de la scène. La tonalité d’ensemble est donc un peu plus rock que sur le disque, comme s’il faisait redescendre ses chansons lyriques et perchées dans la rue en leur insufflant un tant soit peu de nerf. Quelques belles volutes synthétiques de ci- de là agrémentent le son. Champagne , qui embraye puis Queen of the Fools démarrent réellement le concert. On se concentre sur la musique, à la fois ample et mélodieuse. Souvent séduisante. Quelquefois un brin déconcertante. Malgré un petit côté West Coast dans les atmosphères et le chant haut perché, un lyrisme plutôt Européen domine. Les influences principales de Rover évoquées dans la plupart de ses interviews (Beach boys, Bowie, Beatles, Gainsbourg…) traversent de temps en temps l’esprit sans vraiment s’attarder non plus… exception faite d’ un côté clairement Gainsbourg 70’s dans le son de basse caractéristique notamment sur le très beau Wedding Bells.

La musique servie par un son précis agence avec assez de bonheur des éléments venus d’horizons très divers pour un résultat aventureux mais contrasté. D’une minute à l’autre, on se laisse envoûter, on se raccroche à l’évidence d’une mélodie, au sens de l’espace plutôt rare , puis on repère des gimmicks de composition (ce changement d’accord décalé qui parsème la plupart de ses chansons), des tics vocaux un peu redondants ( ces hululements dont Rover use et abuse).

Ailleurs , on est rebuté par un couplet qui ressemble à s’y méprendre à celui de Comme D’habitude puis on s’égare dans la structure d’un morceau qu’on soupçonne au passage de devenir plus erratique que réellement inspiré. Parfois la lassitude commence à poindre, on se dit que c’est un peu unidimensionnel, que les morceaux se ressemblent un peu tous.

Mais d’autres beaux moments arrivent et ne peinent pas à séduire : la très belle ballade floconneuse Lou met tout le monde d’accord puis Aqualast, le fameux single, accueilli très chaudement, épate par la ferveur du chant mutant, tour à tour délicat et rageur sur le refrain.

Les premiers rangs sont à fond. Ovations au moment des rappels puis du crescendo final sur un Full of Grace en apothéose.

Donc , en définitive, un concert intéressant, qui ne dissipe pas toutes les incertitudes mais l’on se dit que Rover en garde sûrement au chaud dans sa besace. Disons qu’avec ce concert, le mystère Rover s’est épaissi.

Note: ★★★☆☆