Détours de chant | Emilie Loizeau – Toulouse, les Mazades – 1er février 2013

Aux Mazades, Emilie Loizeau a joué du piano debout. La voyant de profil, la salle (pleine) a souvent eu l’impression qu’elle faisait l’amour à cet instrument à queue. D’une grande générosité, Emilie Loizeau a partagé ses caresses, ses morsures et ses coups de folie avec le public. C’était fort joli, fort apaisant.

Nous avions connu Loizeau avec son titre L’autre bout du monde et l’album éponyme. Déjà à l’époque (2006), derrière la voix fluette et les mélodies sages pointaient des rugissements. Une paire d’années plus tard sort Pays Sauvage qui passe moins bien auprès du public malgré son Prix Constantin, mais qui recèle quelques pépites plutôt burlesques (Coconut Madam, La femme à barbe) auxquelles le concert de se soir à offert un nouvel écrin.

En septembre dernier, nous sommes surpris du classicisme, à la première écoute, de Mothers and Tygers . Les compositions sont de plus en plus classiques et la voix a bien mûri, mais derrière ce joli vernis Emilie est folle. La visite de son pays imaginaire vaut assurément le coup. Le concert de ce soir reflète ce dernier album. Nous assistons médusés aux jeux de cette fille qui se balade entre le fond et la forme. D’ailleurs en regardant la pochette de Mothers and Tygers, on ne peut s’empêcher de penser aux peintres pointillistes (néo-impressionnistes) qui jouaient avec les effets d’optiques et dont les tableaux semblaient plus purs car l’artiste laissait l’œil du spectateur faire le mélange des couleurs. Emilie Loizeau et ses fantastiques musiciens (Cyril Avèque, Olivier Koundouno , Csaba Palotaï ,François Puyalto) ont ce savoir faire.

Les chansons de ce dernier album constituent la majeure partie de ce récital qu’elle dédie à Lhasa de Sela. Derrière le piano ou caché par un accordéon, un son naviguant entre folk-Ardéchois, plaintes quasi animales et concerto classique, Emilie nous amène, sous l’œil vigilent du poète William Blake, dans des histoires de famille, d’amours forcément héroïques, de tombes qui remplacent des pommiers, de maternité, de mort malgré les rires aux couleurs de vent. Il y a aussi les envolées inattendues comme sur le titre Mother où le personnage campé par Emilie ressemble à la fabuleuse Madeleine qu’elle interprétait dans La Mécanique du Chœur de Dionysos.

… Aux Mazades le public est sage – presque trop respectueux -, mais il en demande encore et encore lors des rappels. Alors Loizeaux ne se décide pas à s’envoler et revient de plus en plus acoustique pour de beaux moments. Nous avons passé ce concert assis (Les Mazades étant un théâtre), avec une folle envie d’être debout.

Note: ★★★★★