Détours de chant | Olivia Ruiz – Toulouse, Le bikini – 31 janvier 2013

Ce soir le Bikini affichait complet pour le concert d’Olivia Ruiz. Nous, nous ne l’avions plus vue sur scène depuis le concert donné dans son village natal de l’Aude en 2005 ou 2006. C’était l’époque de La Femme Chocolat et le spectacle avait été familial. Une sorte de cadeau de remerciement aux gens du cru. Entre le canal du midi et le village, tout à coté de la salle polyvalente, elle nous avait offert un show un peu foutraque mais débordant d’émotions et un final à deux voix lorsque son père l’avait rejoint.

Depuis, l’eau a coulé sous les ponts et un nous n’étions pas arrivé a avoir des places pour la tournée Miss Météore. Ne voulant pas «saouler les gens en sortant album sur album», Miss Ruiz avait – après une petite incursion jazzy avec le Red Star Orchestra – pris le large. Large grandement bénéfique.

Fin 2012, elle est revenue avec Le calme et la tempête et une tournée allait forcement suivre. Nous n’allons pas vous faire le coup du «disque et spectacle de la maturité», d’une part car c’est chiant et, d’autre part car Olivia Ruiz n’a que 33 ans. Après l’avoir vu ce soir en concert, nous lui souhaitons encore moult bonheurs artistiques.

Ce que nous avons vu ce soir, malgré la jeunesse de ce show (Toulouse, 3ème date), relevait de la maitrise tant au niveau scénique qu’au niveau musical. Olivia Ruiz évolue pendant un tout petit peu plus de deux heures, dans un décor dont la simplicité n’avait d’égal que l’usage qui en était fait. Deux grands tissus blancs (l’un en fond de scène et l’autre lui servant de plafond) bougeaient à volonté, construisant et déconstruisant l’espace à l’infini. Nous accompagnons Ruiz et ses musiciens tantôt sous une tente, un cabaret, un vieux bar de La Havane ou dans une hallucinante matrice aux parois frissonnantes. Le tout, rehaussé de projections diverses (motifs, photos de Cuba ou super-8 familiaux) rythme le spectacle en créant des trames d’histoires pour chaque chanson. Car, il faut le dire, les morceaux de choix d’Olivia Ruiz sont des petits scénarios tantôt loufoques, tantôt réalistes qui ont comme point commun un fond fragile et un penchant naturel au tragique (« Je sais je suis pimentée / C’est l’Espagne ça vous fait les pieds »).

La voix est nettement plus maitrisée et les gestes plus précis que dans nos souvenirs. Ayant maintenant quatre albums à son actif, le choix des chansons à dû être compliqué, mais là-aussi elle s’en sort haut la main, avec une large place accordée au très beau nouvel opus et ne choisissant dans son ancien répertoire que les morceaux pouvant se fondre dans le coté « salsa-années 20» du spectacle. Il nous manquait quelques belles pièces (La llorona, les non-dits, when the night comes, la balade de Narbonne-Plage), mais bon… Ce n’était pas les disques à la demande ! On est aussi un peu déçu qu’elle n’ait pas invité sur les planches, pour quelques «feat», certains membres de la «scène toulousaine» qu’elle apprécie tant et avec qui elle a déjà collaboré.

Entre deux chansons et quelques pas endiablés de salsa et de swing exécutés avec un de ses musiciens, Olivia Ruiz redevient Olivia Blanc au plus grand bonheur de ses fans. Il est remarquable que dans un spectacle aussi professionnel, l’artiste arrive à s’extraire du cadre, de toute la magie créée, pour redevenir la personne naturelle qu’elle est et qui chez Olivia, a souvent fait la différence.

Le spectacle a été créé à Nîmes, en résidence dans la toute nouvelle salle de La Paloma. La qualité de la prestation d’Olivia Ruiz est à elle seule un gage de sérieux et d’efficacité des résidences d’artistes qui permettent rencontres et concentration aux artistes et que les pouvoirs publics ne mettent pas assez en avant.

Ce soir au Bikini c’était grand !

Note: ★★★★★