Hôtel Transylvanie

Quelques mois après L’étrange pouvoir de Norman et Frankenweenie, c’est le nouveau film d’animation qui repose sur une culture du cinéma d’horreur, en l’occurrence très référencé du côté des monstres des studios Universal : Dracula, Frankenstein, le Loup-garou, L’homme Invisible, la Momie… Sauf qu’Hôtel Transylvanie est produit par Sony et que le projet a connu une fabrication chaotique qui l’a vu passer par une demi-douzaine de réalisateurs et d’équipes techniques avant que Genndy Tartakovsky – créateur du Laboratoire de Dexter et de Samurai Jack – ne soit appelé à la rescousse. Le film porte en soi les stigmates de ce production hell. C’est une œuvre bancale mais excessivement sympathique qui doit ses qualités et ses défauts aussi bien à ce processus artistique laborieux qu’à l’enthousiasme souvent excessif du réalisateur aux commandes et à qui l’on confie de nouveaux outils. La première moitié du film est très fortement imprégnée d’un humour cartoonesque, basé sur une accumulation de gags qui peut virer très vite à l’indigestion. Les spectateurs familiers du Laboratoire de Dexter retrouveront ainsi un côté hystérique qui réjouira le public le plus jeune, mais qui ne sera pas loin de donner la migraine aux autres. Genndy Tartakovski pêche par excès – de personnages, de blagues systématiques et plus ou moins drôles – et surtout a du mal à s’empêcher de faire bouger la caméra, comme enivré par les possibilités du numérique. C’est une nécessité certes, de gestion de l’espace du grand hall d’entrée de l’Hôtel par lequel arrivent tous les monstres, mais cela devient très vite problématique car ces mouvements d’appareil n’autorisent aucune pause dans le récit, afin de caractériser les personnages et de leur donner vie. Il résulte de tout cela une galerie de freaks qui défilent comme à la parade, et qui retarde la mise en place des véritables enjeux du film.

C’est dans sa deuxième moitié, quand on en vient au nœud de la relation père / fille qu’Hôtel Transylvanie trouve réellement sa raison d’être en faisant une pause dans son rythme frénétique et en donnant de l’épaisseur à ses personnages. Le film change radicalement de ton, trouve un surcroît de tendresse dans le regard qu’il pose sur le triangle Dracula / Mavis / Jonathan et dans le thème de la bienveillance paternelle confrontée aux premiers émois amoureux de sa progéniture. Le fameux Hôtel, qui fonctionnait au départ sur le mode burtonien classique de l’inversion des valeurs – où les monstres sont plus humains que les gens de l’extérieur – devient symbolique du cocon familial dont il faut s’émanciper pour aller à la rencontre des autres et découvrir le monde. Les personnages évoluent, ne sont plus figés dans les figures caricaturales qui les phagocytaient au début. Tout cela n’est pas non plus d’une très grande profondeur psychologique, le film s’adresse avant-tout aux enfants, qu’il ne prend pas pour autant pour des imbéciles et auxquels il fait confiance quant à la nature des images qu’ils sont capables d’absorber (les colères rouges du vampire, qu’on pourrait trouver effrayantes, font au contraire beaucoup rire nos chères têtes blondes). On ne peut cependant pas s’ôter de l’idée que Genndy Tartakovski a fait une série de compromis pour aller vers le consensus (la grande réconciliation générale – entre le papa et sa fille et entre les freaks et les humains -), qui tire alternativement Hôtel Transylvanie vers le meilleur – la famille loup, les séquences musicales – et le pire – la Fiancée de Frankenstein hystérique, un Quasimodo hors de propos. Mais in fine, le film force la sympathie par la sincérité de son propos et le plaisir qu’il procure malgré tout.

Note: ★★★☆☆

Enregistrer