Jean-Louis Murat – Toulouse, Connexion Live – Le 8 avril 2013

Dix-huit mois après sa dernière visite à Toulouse – c’était à la Dynamo -, un crooner entre sur scène. La veste noire, la cravate assortie sur une chemise blanche, le cheveu soigneusement peigné en arrière et le rasage impeccable : Jean-Louis Murat, c’est bien lui. Il jette un regard bleu acier sur le public, positionne sa guitare et entame Over and Over, titre phare de son 21ème et nouvel album, Toboggan sorti le 25 mars. Tout juste un «Bonsoir» et nous voilà plongés dans le bain d’un concert assurément promotionnel.

Contrairement à la configuration habituelle, faite d’un mélange d’inédits absolus, d’anciens titres et accessoirement de nouveautés, celle de cette tournée reprend la quasi intégralité de Toboggan, deux ou trois inédits dont Michigan, et quelques titres de Grand lièvre, l’album précédent. C’est tout. Une heure et trente minutes de chansons (rappel compris) et voilà que l’artiste dédicace ses disques à l’autre bout de la salle. « A l’ancienne », pourrait-on penser. La démarche présente un charme certain et offre la possibilité de voir (enfin) Jean-Louis Murat et de lui parler. Très aimable, du reste.

Mais quel est ce problème d’image ? Partout des affichettes : «Pas de photo, SVP !». Durant le concert, Murat et son batteur restent plongés dans la pénombre, éclairés accidentellement par le faisceau du vidéo projecteur aux effets aléatoires. Cela rappelle le prof de sciences-nat qui donne son cours devant la projection d’une diapositive de protozoaires, ces êtres monocellulaires primitifs. Bref, tout est fait pour que Murat demeure dans l’ombre, que l’on ne voit pas les traces d’un mûrissement pourtant inévitable, une règle universelle à laquelle personne n’échappe. L’éternité n’existe pas, il l’a même chanté, ce soir. Pour autant l’idée d’intemporalité s’impose tant les sujets interprétés seront d’actualité… permanente. L’amour, la contradiction, la culpabilité, par exemple, ça ne prend pas une ride. Contrairement à son public qu’il moque d’une réflexion provocatrice : «Allez, une petite dernière, pour la route… ‘faut pas trop traîner, quand je vois la moyenne d’âge de mon public !». S’ensuit une rumeur de protestation contenue.

Au-delà de la simplicité de la prestation scénique, l’écoute en live révèle davantage de recherche musicale sur les nouveaux titres. Beaucoup moins entraînants, mais plus profonds. Surprenant, dans la mesure où ils ne sont que deux sur scène : Jean-Louis et Stéphane Reynaud, le batteur. Regrettons quand-même l’absence de chœurs à certains moments, mais les effets sonores – comme sur J’ai tué parce que je m’ennuyais – sont très réussis. Un véritable régal que ce titre, l’histoire d’un psychopathe qui regrette que la police ait tout emporté de la scène du meurtre. Pas d’images particulières en fond de scène pour ce titre. Celles projetées sont du « fait maison », parfois en lien avec la chanson (Il neige), d’autres fois, pas du tout. «C’est filmé chez moi, avec une petite caméra toute simple», précise-t-il. Et bien, cela donne une idée de ce qu’écoute le Monsieur, puisque sa discothèque y figure également. Ces images révèlent finalement ce qui arrête le regard de l’artiste et ce qui constitue son univers familier. De toute façon on n’a pas d’autre choix que de regarder ces images : Murat est fondu dedans !

Note: ★★★★☆