William Sheller & Le Quatuor Stevens – Toulouse, Halle aux Grains – Le 16 mai 2013

Presque pleine, la Halle aux grain accueille les spectateurs du concert de William Sheller. Un public hétérogène qui va s’enthousiasmer d’une acoustique irréprochable offerte au piano de l’auteur-compositeur-interprète, aux trois violons et au violoncelle du quatuor Stevens. C’est une configuration encore différente des précédentes tournées. On aura entendu William Sheller seul avec son piano, pas plus tard que l’an dernier à Toulouse. D’autres fois entouré d’une vingtaine de musiciens et même avec certains instruments inconnus jusqu’alors… Bref, ça change tout le temps, même si l’on retrouve à chaque fois nombre de standards, mais à l’aune de nouveaux arrangements.

On ne peut pas dire que ce soit le changement dans la continuité. La discographie du bonhomme a de quoi bousculer les esprits, avec des styles radicalement différents. Comme si la mise en chantier d’un album relevait d’un défi, d’une piste à suivre, aux confins de l’expérimentation, après s’être assuré d’un succès commercial porteur du succès d’estime et donc de la longévité dans la carrière. Par exemple, l’album piano-voix Sheller en solitaire (1991) bravait l’essor de la musique électronique, Albion (1994) venait irriter les tympans avec un rock pour le moins agressif, puis ce seront l’ambiance piano-voix de Epures (2005), la musique symphonique d’Ostinato (2006) et encore le style pop-rock avec Avatars (2008)…

Il l’avait dit sans détour, après l’immense succès commercial de Rock’n dollars. Fort de la notoriété et des moyens qui lui sont tombés dessus, il pourrait alors se consacrer à ce qui lui plaisait, avec un public, fidèle et compréhensif. A cette période, chez lui, il s’excitait au piano, explorant des voies dissonantes à la Satie, mais en plus nerveux. Il avait bien perçu une voix, lointaine, mais n’y prêtait pas attention, jusqu’à épuisement de son inspiration débridée et retour d’un silence laissant enfin percer le cri désespéré d’une voisine : «Assez !». Il décida de changer de registre. Néanmoins son public semble prêt à suivre cette star des années 80. «Quand je soignais mon brushing avant de passer chez Guy Lux», ironise le blondinet devenu tout blanc. Le pari est bel et bien gagné.

Sheller parle beaucoup. Un véritable régal à franchement parler, puisqu’une bonne moitié de la durée du concert était constituée des histoires introductives des titres à venir. Un authentique talent de conteur sachant créer un univers émaillé d’anecdotes très drôles, au final. L’évocation d’un travail commun avec Barbara devenait risible tant la dérision au sujet de leurs voix respectives était sincère et humaine. Le rire s’effaçait ensuite dès lors que l’on entrait dans le texte de Vienne. Le même schéma se reproduisait durant le concert, alternant histoires et chansons, si ce n’était l’incident des saignements de nez intempestifs de l’un des violonistes. Là encore, ce fut le récit romancé de la journée, d’une course au médecin dans Toulouse qui s’achevait par une cautérisation… inefficace !

Mais bon, ce 16 mai, on était un peu comme à la maison, à redécouvrir des titres figurant sur l’étagère des «classiques» de l’artiste. Comme à la maison, quand on reçoit un ami un peu perdu de vue, mais auquel on pense souvent. Cet ami si bavard entre de si longues périodes de silence.

Note: ★★★★★

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