Il faut beaucoup aimer les hommes, de Marie Darrieussecq (P.O.L.)2 minutes de lecture

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Les hommes, comment tenter des les aimer… Surtout quand ils sont absents : le thème du nouveau, et très beau, roman de Marie Darrieussecq.

Solange, l’adolescente de son précédent livre est maintenant une actrice confirmée de Hollywood. Elle y tombe amoureuse d’un comédien. Il n’y a pas plus banal, me diriez vous… Mais c’est sans compter que cet homme est noir, habité qu’il est par une «grande idée» qui laisse bien peu de place à Solange.

L’histoire d’amour tourne autour de trois axes : le fameux et lamentable discours de Dakar prononcé par Nicolas Sarkozy (2007), une mise en abîme de Au cœur des ténèbres (Joseph Conrad) et la fameuse phrase de Duras qui sert aussi bien pour le titre que de leitmotiv pour le livre.

Il est bien difficile d’écrire sur l’amour et l’auteure évite toutes les platitudes en tordant les clichés. Elle arrive même à achever l’histoire de cette passion amoureuse, sans les inévitables meurtres ou autres suicides.

Autant la Solange de Clêves avait le parlé cru, autant Il faut beaucoup aimer les hommes se révèle savant mélange de sentiments diffus, de fulgurance psychique, voire géographique et de précision tant dans le style que dans la pensée.

Darrieussecq nous mène de Los Angeles au Congo (à défaut de Cameroun). La première partie, plus aseptisée que froide, avec son avalanche de name dropping laisse ensuite place à un voyage dans une nature luxuriante où l’héroïne est proche de l’asphyxie.

Plus Darrieussecq écrit, plus elle tend à se rapprocher de Duras. Tempo, minutie, répétitions, silences, blancs de silences davantage encore ouverts, recherche d’harmonie de phrase bien plus vitale que m’as-tu vu… Tout y est !

(Un bémol : la pathétique quatrième de couverture.)

Il faut beaucoup aimer les hommes, de Marie Darrieussecq – Disponible en librairie (P.O.L.)

Note: ★★★★☆

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