Shannon Wright – Toulouse, le Connexion Live – 14 novembre 20133 minutes de lecture

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Une petite salle pour un grand moment de rock’n’roll, que demander de mieux pour entendre une artiste aussi talentueuse que Shannon Wright ? Ce soir-là il y a pas mal de monde mais pas tant que ça après tout et on circule très facilement entre les deux bars, de chaque coté de la scène. Étrange, on pouvait s’attendre à un guichet fermé au vu d’une jauge inversement proportionnelle aux qualités de la jeune américaine.

On en vient alors à se poser quelques questions stupides… Pourquoi n’a t-elle pas rempli cette salle à taille très humaine ? Aurions-nous écouté trop rapidement le dernier opus in film sound ? Ne ressemblerait-il pas trop aux trois précédents et moins percutants Secret blood, Honeybee girl, et Let in the light ?

Le doute s’installe à l’écoute de la première partie, « du Simon & Garfunkel » déclare sans aménité un acolyte d’un soir pour résumer les gentilles propositions folk du jeune Jens Bosteens en compagnie de son guitariste un peu choriste. Nous ne sommes pas loin de la vérité, il est vrai…

Cette sombre augure est trompeuse et le premier morceau de Shannon Wright nous rassure immédiatement sur la nature belliqueuse du travail que nous proposera ce soir la Dame à la guitare rose. Le son du titre fractured est gros, énorme, il nous assomme, nous scotche et nous aspire. Et puis pas besoin d’être nombreux pour faire mal, rien de mieux qu’un trio guitare/basse/batterie pour être précis dans les coups. C’est vraiment bon, cette gifle et on en redemande. Cette énergie continuera à nous abîmer délicieusement sur les premiers morceaux piochés entre son dernier album et le grandiose Over the sun de 2004.

C’est d’ailleurs sur une chanson extraite de ce précieux opus qu’elle décide de panser nos plaies avec la douce mélodie de Throw a blanket over the sun, en remisant la guitare pour passer derrière son clavier. Une séquence apparemment plus tranquille s’annonce. On comprend alors pourquoi l’adjectif ténébreux est si souvent utilisé pour tenter de décrypter la personnalité de l’Américaine. Une véritable douceur rêche caresse nos tympans entre mélodies accrocheuses et revêches, quiétude et dépression naissante. Le rock et sa subversivité originelle nous enivrent, ces balades sentent véritablement la bière et l’illicite.

Après un bref retour dans l’électrique qui électrocute, le gong sonne 45 minutes seulement après le début des hostilités. On s’inquiète alors, car nous ne sommes pas encore KO, loin de là même. La salle le montre et le crie surtout. La suite nous donne malheureusement raison car 5 titres et un second rappel plus tard Shannon Wright nous adresse son plus beau sourire de départ et nous livre timidement quelques traits de son visage assez jalousement gardés par une épaisse touffe de cheveux bruns. Alors forcément on lui pardonne, mais quand même une heure de concert, c’est mince…

Une analyse sommaire de la setlist peut faire office de conclusion : 16 titres joués dont un tiers issu du petit dernier et un autre tiers d’Over the sun. Il faut dire qu’à l’écoute de In film sound, un liant évident s’opère entre les deux albums, une énergie brute et brutale qui ravive notre foi pour le sincère et le singulier. La messe fut donc bien dite ce soir.

C’est certain alors, nous nous déplacerons la prochaine fois, même pour un quart d’heure.

Note: ★★★★½

Crédit photos : Jean-Luc Le Guennan (tous droits réservés)