Brigitte Fontaine – Toulouse, Le Bikini – Le 18 décembre 2013

BRIGITTE FONTAINE - j'ai l'honneur d'être

C’est compliqué. C’est compliqué de dire que l’on n’a pas apprécié la dernière prestation scénique de Brigitte Fontaine.

C’est compliqué, car on a pour habitude d’aimer ses concerts, ses albums et ses livres. Souvent chez Fontaine, le live sauve certains albums faibles (Prohibition) ou magnifie de beaux disques (les quelques dates qui suivirent la sortie de Libido).

Ce soir, il y a de quoi être un peu triste du concert prenant appui sur le très personnel et très impressionnant J’ai l’honneur d’être.

J’ai l’honneur d’être est un album suspendu entre la gelée blanche de l’hiver et la mélancolie que l’on peut éprouver après avoir connu une belle journée bien remplie… Le live du 18 décembre dernier au Bikini ressemblait plutôt à nos boums d’adolescents métalleux, dans le garage à papa.

Brigitte, celle qu’on aime, celle qui est souvent évaporée comme la viande «dans les restaurants thaïlandais», est ici noyée dans un boucan infernal. Est-ce normal ? En tout cas Areski passe la moitié du concert à aller et venir sur scène, la mine en colère et le geste agacé.

Celui qui nous agace surtout, c’est le guitariste qui a dû se tromper de concert. Hystérique et se regardant sans cesse jouer, il se la joue Slash, des Guns n’Roses. Le concert se transforme en une soupe fade d’où surnagent toujours, tel l’affreux navet, de gros morceaux de guitare électrique. Les morceaux de choix de Brigitte n’ont plus d’âme et les pauses parlées sont de courtes durées, presque baclées. Ces respirations sont pour la plupart les textes issus de J’ai l’honneur d’être, son dernier album. Si le but est d’aplanir et de rendre inaudible les anciennes créations tout en refusant le statut de chanson aux extraits du dernier opus en date, on trouve cela bien dommage.

Brigitte Fontaine, combien de tournées encore ? Encore une on l’espère, afin de ne pas garder un si mauvais souvenir.

Dans ce bruit immonde, un moment à sauver tout de même : le Welcome Pingouin de French Corazon, aussi trash que fragile et très rarement joué. Dans ce bruit immonde, un oubli emblématique du concert : Delta. Cette chanson toute neuve prouve une fois encore que Brigitte, alliage de classicisme pur et d’imagination débridée est la reine absolue de la langue française.

Note: ★☆☆☆☆