Savages – Toulouse, Connexion Live – Le 17 février 2014

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La dernière fois que l’on a vu Savages, c’était en mai 2013, au Parc du Forum de Barcelone, dans le cadre du festival Primavera Sound. Pas vraiment les conditions idéales pour goûter le punk rock énergique des Londoniennes : programmation en fin d’après-midi, en plein jour, premier concert du week-end, sur une petite scène face à la mer, soumise aux bourrasques et aux problèmes techniques. Pourtant, malgré ce contexte peu favorable, le groupe avait donné l’un des sets les plus remarqués du festival, imposant instantanément le charisme discret de la chanteuse Jehnny Beth, et faisant de la scène le lieu d’expression privilégié d’une musique qui va puiser son urgence dans la tension du direct.

Après un premier rendez-vous manqué avec Toulouse en octobre dernier – dû à leur nomination au Mercury Prize -, c’est finalement en plein milieu d’un hiver doux et pluvieux que Savages a fait halte au Connexion Live, le lieu de la rue Gabriel Peri qui devient de plus en plus incontournable en termes de programmation et de concerts à ne pas rater. C’est aussi l’endroit idéal pour subir les assauts électriques de ces quatre filles biberonnées au doux son de la fin des années 70. Soit une salle de 500 places, bourrée à craquer, qui sent bon la bière et la sueur et qui, dès l’arrivée du groupe sur scène, se transforme en une cocotte minute dont la pression ne se relâchera qu’au terme d’une heure d’un set dense et fiévreux.

Savages ne joue pas pour autant pied au plancher et sait alterner les ambiances. Le concert démarre avec I need something new et Strife qui révèlent l’aspect le plus sombre de leur répertoire, plus proche du krautrock. La section rythmique fait preuve d’une précision d’horlogerie, toutes basses dehors, prélude aux premiers coups de butoir qui seront assenés par City’s full et I am here, annoncé comme un titre sur l’« affirmation de soi ». Il faut dire que le groupe revendique effectivement une identité forte, très dark dans l’attitude, androgyne, mais tout en affirmant une hyper-féminité. « Cette chanson n’est pas de nous, mais elle est bien quand même », annonce Jenny en intro de Dream baby dream. Tu m’étonnes ! En reprenant superbement Suicide, Savages prouve qu’il a des références. L’album débute avec un sample de Opening Night, de John Cassavetes et le dernier video-clip du groupe s’inspire de L’étranger de Camus. Du punk rock, oui, mais lettré et arty, s’il vous plaît.

Sur scène, la tension monte de plusieurs crans avec Husbands, le tube inaugural, suivi de Hit Me, qu’on se prend effectivement en pleine poire, tel un enchainement gauche droite dans la figure. Il faut dire que le Connexion a de plus en plus à voir avec une salle d’entraînement qui sent les aisselles, Jenny Beth en boxeuse qui se bat contre un ennemi imaginaire. Elle balance les poings dans le vide, porte le coup final avec un inédit – Fuckers – qui travaille au corps sur la durée. Malgré les tentatives de rappel, le groupe ne reviendra pas. Le public a été compté jusqu’à 10, le match est terminé, nous sommes K.O. debout.

Note: ★★★★★