Interpol – El Pintor

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Débutant sa carrière au début des années 2000, Interpol a su imposer son style et son univers au moment-même où le revival rock battait son plein avec, en tête de liste The Strokes notamment et Libertines. Il fallait, à l’époque, avoir un sacré potentiel pour tirer son épingle du jeu, tant les prétendant au podium étaient nombreux. Avec un son plus orienté cold wave, les New-yorkais ont proposé un univers à part et ramené à la belle époque les nostalgiques des Joy Division, Cure et autres Chameleons.

Mais cette seule caractéristique n’aurait pas permis au groupe de perdurer. Son premier album Turn On The Bright Light est un petit bijou qui est directement entré au panthéon des albums rock des années 2000. Porté par des titres imparables comme Obstacle 1, PDA ou encore Say Hello To The Angels, on se rend compte qu’en réalité, on aurait pu citer l’ensemble des titres de l’album.

A l’époque, Interpol attire et impressionne.. Et pas qu’en studio ! Certains se souviennent encore d’un concert à la Route du Rock en 2001 – alors même qu’il n’a pas encore sorti son album -, où ils ont remplacé en dernière minute le groupe Weezer. Ces petits inconnus avaient cette année-là fourni la plus grosse sensation du festival.

Et puis il y a aussi les autres albums qui ont chacun apporté sa pierre à l’édifice, même s’il faut l’avouer, les New-yorkais ont montré à certains moments qu’ils commençaient à manquer de souffle. Si Antics sorti en 2004 est la suite parfaite de son aîné, Our Love To Admire en 2007, sera moins tranchant, sans doute parce que le groupe a tenté de nouvelles choses. Quant à Interpol, il faudra un peu de temps et plusieurs écoutes pour prendre la mesure réelle du potentiel de l’album. Une marque qui est souvent signe de qualité et qui, d’une certaine façon, est récurrente chez Interpol. Il est d’ailleurs intéressant de constater que dans les compositions des Américains, il y a réellement très peu de déchets. Citer une mauvaise chanson n’est finalement pas chose facile, ce qui montre bien la maîtrise et la qualité du groupe.

Alors, oui, un nouvel album d’Interpol est forcément une bonne nouvelle. Fraîchement sorti en début de mois de septembre 2014, El Pintor met donc fin à une attente de quatre ans, la plus longue à ce jour. Désormais en trio assumé depuis le départ du charismatique Carlos Dengler, au début de la tournée de présentation d’Interpol, le groupe n’a pas perdu ses habitudes. Paul Banks, qui pour la première fois enregistre les parties de basse, assure toujours ses vocalises avec cette formidable voix reconnaissable parmi cent. On reconnaît également les lignes de guitare caractéristiques de l’excellent Daniel Kessler et l’habituelle rythmique de Samuel Fogarino à la batterie.

Interpol fait du Interpol. Les New-yorkais en sont à leur cinquième album et on pourrait presque faire de l’ensemble de leur œuvre un seul et unique album, tant ils sont proches. D’un opus à l’autre, on retrouve les mêmes rythmiques, les mêmes envolées, les mêmes sensations. Malgré leurs qualités, on regrette depuis maintenant 2007, le manque de prise de risque du groupe. Certes, à chaque album, on retrouve des marques explorations musicales : Lighthouse ou Pioneer To The Fall dans Our Love To Admire, Lights, All Of The Ways et The Undoing pour l’avant dernier. Et pour être tout à fait honnête, l’album éponyme a sans doute apporté plus de calme et de ruptures dans les rythmes, mais sans pour autant faire la révolution au sein même du son Interpol.

Mais alors que nous propose El Pintor ? Une continuité, certainement. Lors d’une première écoute, on est forcément un peu déçu. C’était déjà le cas à la découverte des singles All The Rage Back Home, Ancient Ways et Anywhere. Tout est là et il n’est pas utile de nous donner des indices pour reconnaître immédiatement Interpol.

Pourtant, comme déjà ses prédécesseurs, El Pintor finit par nous avoir à l’usure. Il y a dans la bande à Paul Banks, un je ne sais quoi qui donne systématiquement envie d’y revenir. Et écoute après écoute, on se prend au jeu. Lorsqu’il est déjà trop tard, on se rend compte qu’on a déjà écouté plus souvent l’album qu’aucun des autre, sur la même période. Même réfractaire, on apprécie.

Il faut tout de même rappeler que nous sommes en présence de singles qui sont, quoiqu’on en dise, de qualité. All The Rage Back Home entame l’album sur un rythme beaucoup plus soutenu qu’à l’habitude. L’illusion d’un démarrage en douceur ne dure qu’une minute, pour laisser place à une chanson qui est véritablement taillée pour la scène. On a hâte de le confirmer. My Desire, qui suit la frénésie de la chanson introductive, nous renvoie directement à l’album Interpol de par ses rythmes saccadés nous rappelant ainsi la magnifique Barricade. Le rythme ralentit, mais pour mieux se relancer avec Anywhere, là aussi du pur jus, puisqu’on retrouve quasi à l’identique, la batterie de la superbe PDA de Turn On The Bright Light. Sally Town, New Story va apporter un peu de fraîcheur à tout-ça, avec une guitare très claire et une mélodie qui prend toute sa place au fur et à mesure que les secondes passent. Et My Blue Supreme poursuit sur cette même voie. Les deux chansons semblent d’ailleurs liées entre-elles, comme si elles ne faisaient qu’une. L’occasion pour Paul Banks de montrer sa maîtrise vocale, passant des aigus aux graves en un clin-d’œil.

Mais finies les cabrioles, Everything is Wrong fait ressortir la basse, puis la guitare de Daniel Kessler s’en donne à cœur joie, sur une mélodie porteuse, tout en ruptures de belle facture. Breaker 1 posera un peu les choses avant de laisser Ancient Ways porter le rythme comme il faut pour que Tidal Wave prenne son envol et finisse par laisser exploser l’énergie sur un final magique. Si El Pintor se révèle être un album assez enlevé, l’alternance avec des chansons plus modérées est parfaitement dosé et c’est comme d’habitude qu’Interpol clôture son album avec une chanson plus calme et destinée à porter l’émotion pour mieux laisser l’auditeur à ses propres questionnements. Twice As Hard remplit son office plutôt bien, même si elle ne vaut pas The Undoing, ou encore Leif Eriksson sur ce même exercice.

Bref, vous l’aurez compris, malgré les appréhensions, les regrets, les attentes, on ne peut s’empêcher d’apprécier le petit dernier d’Interpol. Les chansons, certes, n’ont que peu d’originalité, le groupe privilégiant l’efficacité à la surprise, sans pour autant se reposer sur ses acquis. Là où d’autres dans le même exercice, s’auto-parodient, Interpol réussit à éviter une nouvelle fois le piège. L’histoire se répète donc encore. Reste à savoir combien de temps les Américains pourront jouer à ce petit jeu sans se faire trop mal. En attendant ne boudons pas (ou plus) notre plaisir.

Note: ★★★★☆

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