«David Bowie is» : deux ans de tournée, Paris en point de chute final4 minutes de lecture

David Bowie Is

L’exposition David Bowie is a commencé en mars 2013 à Londres, sera passée par Toronto, Sao Paulo et Chicago, avant d’investir la Cité de la Musique, plus exactement, la Philharmonie de Paris, du 2 mars au 31 mai 2015.

Il s’agit donc d’une très longue tournée pour cette époustouflante exposition créée par V&A Museum de Londres.

Actuellement installée au Centre d’art contemporain de Chicago (Illinois – Etats-Unis) jusqu’au 4 janvier prochain, David Bowie is doit être remaniée avant Paris. Simple question de traduction de certains documents présentés, adaptation spécifique à un public francophone, ajout de compléments ? Nul ne sait ce que cela signifie, mais démarrée avec 300 pièces à Londres, cette exposition en compte désormais plus de 400 à Chicago, démonstration d’un enrichissement conséquent de ce qui est offert à la curiosité d’un public acquis.

Did you like the show ?” demande une petite dame à la sortie du musée, un peu comme si elle avait assisté à un concert… Aucune chance, pourtant, de voir surgir Bowie himself au détour d’un de ces vastes couloirs. L’installation produit une forte impression qui propulse effectivement dans différents univers, avec la force d’un concert digne de ce nom. La scénographie n’y est pas étrangère. Cette mise en scène est remarquable dans ce qu’elle permet de jouer sur un déroulement à la fois chronologique et thématique. Vu le côté touche-à-tout de l’artiste, la tâche n’a pas dû être facile. D’autant que ce qui est donné à voir intéresse également ceux qui ne connaissent pas bien l’œuvre de Bowie.

Même s’il appartient aux références collectives, bien peu de personnes savent quelle est sa date de naissance, pas plus qu’elles ne connaissent ses origines, ses essais, ses coups de poker, ni sa réflexion prospective. Dès ses débuts, David Bowie affirmait la complémentarité des disciplines, n’envisageant pas que l’image, le jeu théâtral soient dissociés de la chanson. La chanson restant cependant le fonds de commerce principal, la maturation des projets dont on trouve les traces au travers de l’exposition montre toute la profondeur des stratégies. Ces traces, elles peuvent être des écrits, des fragments de notes, des essais, des photos, mais aussi des témoignages de différents partenaires rencontrés au fil du temps. Sans oublier des associations parfois étranges (Iggy Pop), souvent surprenantes (John Lennon), qui ont de plus activé des leviers dans des disciplines qui ont su prendre leur place avec pertinence, comme celle du stylisme. Le rôle des costumes est à cet égard prépondérant et constitue un élément-clé de l’image.

Rien ne semble vouloir être écarté et l’état d’abandon – abandon à la recherche créatrice de l’artiste – se voit évoqué sans faux-semblants, avec la cuillère à cocaïne en argent comme preuve tangible de l’absence de tabous.

C’est d’ailleurs ce qui trouble quelque peu. Cette impression curieuse de parcourir une œuvre nécrologique, qui plus est lorsqu’on est dans un musée ! Cela tient vraisemblablement au fait que la plupart de ce qui nous est donné à voir et à entendre provient des archives personnelles de David Bowie. Cela tient aussi au fait que l’on part des débuts-débuts du tout-jeune David Jones avec ses parents, pour en arriver aux dernières images connues de David Bowie. Cela tient enfin au fait que l’on aborde toutes les disciplines maîtrisées avec souvent plus que moins de bonheur.

Reste que, il pourrait mourir demain, tout est prêt pour l’ultime hommage, juste et presque exhaustif. Ce n’est pas ce qu’on lui souhaite. Mais soulignons que peu de travaux rétrospectifs d’artistes vivants ont atteint ni cette qualité, ni cette importance.

Et si l’on ajoute à cela un son parfait qui sort du casque Sennheiser (sponsor de l’exposition), avec les ajustements spatiaux d’une précision et d’une douceur remarquables, il sera possible de dire que ce voyage aura été fabuleux.

Donnée pour 90 minutes, la durée de la visite pourra vite dépasser les quatre heures, si on a la chance de ne pas connaître une affluence gênante et de pouvoir s’abandonner aux univers de Bowie.

Exposition David Bowie Is – Jusqu’au 4 janvier 2015 au Museum of Contemporary Art of Chicago et à la Philarmonie de Paris, du 3 mars au 31 mai 2015

Note: ★★★★★