Histoire d’Ernesto & La pluie d’été – Théâtre National de Toulouse

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Ah ! Ernesto est un conte pour enfants écrit en 1971 par Marguerite Duras. En 1985, avec le film Les enfants, elle en offre une version pour adultes. La pluie d’été, publié en 1991, transforme ce film en roman.

Le Théâtre National de Toulouse nous a proposé au mois de janvier dernier, par le même metteur en scène, deux versions de La Pluie d’été. Une variation sur les mêmes thèmes, un hommage à Marguerite Duras dont c’était la spécialité. Le maître d’œuvre, Sylvain Maurice, n’en est pas à sa première adaptation-bidouillage de textes non-théâtraux (La Chute de la Maison Usher (Poe), Les Sorcières (Dahl), Plume (Michaux) ou encore L’Adversaire (Carrère)). Pour le metteur en scène/adaptateur, l’exercice est d’autant plus jouissif, que du théâtre, Duras en a écrit et qu’il aurait pu, soit en monter, soit reprendre le scénario de Les Enfants, directement sur le plateau.

Donc exercice jouissif pour Sylvain Maurice, mais aussi pour les spectateurs du TNT. Les deux propositions sont aussi hautes en couleurs que maîtrisées. La Duras pour adulte continue à remplir les théâtres et il est intéressant de voir cette auteure – qui passe pour ardue – se retrouver dans les brochures des spectacles pour enfants. L’Histoire d’Ernesto peut être vue à partir de dix ans, précise le programme.

L’Histoire d’Ernesto est un très beau spectacle de marionnettes. Dans la salle, petits et grands entrent bien vite dans l’univers loufoque et tendre de cette famille désœuvrée. Ce que nous entendons est proche du texte de La Pluie d’été, mais le style et le rythme de la phrase sont moins… durassiens. La déstructuration des phrases est dans ce spectacle remplacée par la déstructuration des corps et donc, des perspectives. Les enfants sont immenses, les parents minuscules et, du directeur de l’école publique, il ne reste plus que la tête. Tête d’abord gigantesque puis, vers la fin de la fable, minuscule. Cet effet visuel, ainsi que la manipulation à vue est la vraie trouvaille du spectacle. Les enfants rigolent des situations quasi-clownesques de ce conte qui nous parle, à nous spectateurs adultes, des vertiges du quotidien, de l’apprentissage et de la porosité du monde.

Même texte – ou presque -, autre univers, pour le spectacle plutôt adulte de La pluie d’été. Le temps s’étire sur la scène et c’est en cela une adaptation de l’écrit de Duras autrement plus « cut ». Ce temps mis à profit pour induire et créer des sous-entendus absents du texte. On peut se le permettre, on est entre adultes !

La scénographie tout à fait remarquable distille ces sous-entendus de manière subtile. Et c’est non seulement joli à voir, mais riche, ce qui peut paraître paradoxal à mesure que l’on étire le temps… De ce côté-là, le défi du metteur en scène est réussi, l’adaptation est quant-à elle fidèle, malgré les rajouts. Et le spectacle s’avère fluide, avec des comédiens qui parviennent sans effort visible à alterner leur propre rôle avec celui du narrateur.

Histoire d’Ernesto – Note: ★★★★½

La pluie d’été – Note: ★★★★☆

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