Versatile Mag : Laurent Champoussin, vous présentez à partir du 12 mars 2015, au Point Éphémère (Paris) votre projet photographique autour d’Elephant de Gus Van Sant. Avant d’en parler, pouvez-vous expliquer ce qui vous a conduit, de votre métier de producteur de films, à la photographie ?

Ce projet questionne clairement le cinéma, mais il n’y a pas vraiment de lien de cause à effet entre mon parcours de producteur et celui de photographe. Il s’est trouvé qu’à un moment précis de ma vie, j’ai ressenti le besoin de me dévouer entièrement à la photographie.

Elephant est sans doute le plus grand film de Gus Van Sant, avec une très forte exigence concernant l’image. Quel a été le sens de votre démarche et les parti-pris de votre concept ?

Je me suis rendu compte après plusieurs visions de ce film capital pour moi, qu’il s’agissait-là d’un travail sur la photographie ou plus précisément d’un travail autour du portrait.

Le fait divers sanglant de Columbine m’apparaît comme un « prétexte » qui permet à Gus Van Sant d’entrer dans le campus et qui vient en quelque sorte autoriser la séance de portraits.

Une des premières séquences du film montre Elias, un lycéen dans un parc. Il aborde deux jeunes adolescents et leur demande s’ils acceptent d’être pris en photo. Ils disent oui et Elias photographie. Pour moi, Gus Van Sant a la même démarche : il va portraiturer tout au long du film.

J’ai souhaité faire une relecture de ce film autour de la discipline du portrait.

Le film est constitué de 100 plans, je me suis inspiré de chacun d’entre eux pour produire des images et au final n’en retenir qu’une : 100 plans / 100 photographies.

Il me semblait assez amusant de « retravailler » ce film qui lui-même est une revisite de Elephant de Alan Clarke (1989) et on connaît par ailleurs l’amour de Gus Van Sant pour le motif de la reproduction, transcendé avec son Psycho tourné en 1998.

Sommes-nous dans une relecture stricte de l’œuvre de Gus Van Sant ou vous êtes-vous laissé des marges de liberté ?

Le dispositif de départ est assez strict : j’ai souhaité respecter le nombre de plans, les personnages, la chronologie du montage et le chapitrage du film.

Pour la composition des séances, je suis presque toujours parti d’un geste précis fait par l’un des acteurs, un geste simple : une main sur le cou, un visage baissé, un vêtement qu’on enlève, etc.

Au-delà de cela, rien n’est système.

Les modèles sont plus âgés que dans le film, ce sont des jeunes adultes qui ne ressemblent pas aux acteurs. Les séances ayant été prises sur plusieurs années, je n’ai jamais été scrupuleux sur les raccords, les visages ont parfois changé et j’ai suivi avec plaisir ces petites variations.

J’ai supprimé les « signes » du massacre (aucune arme), mais surtout je me suis amusé avec les détails. Des gestes parfois imperceptibles à l’écran ont pu devenir le sujet central d’une image et, au contraire, des gestes très forts, très signifiants ont parfois disparu, car lors de la séance, la proposition a été plus large et le geste a disparu, il s’est installé ailleurs.

Pourquoi le Point Ephémère et que verra-t-on exactement ?

Nous avons présenté le projet au Point Ephémère. Ils ont été enthousiastes et nous ont proposé leur espace d’exposition. L’idée ici est d’y montrer une préfiguration d’exposition, une sorte de maquette, de promesse. On pourra y voir une quinzaine d’images.

Ce sera l’occasion de confronter une partie de la série aux premiers regards et de façon plus pragmatique une opportunité pour chercher des partenaires qui souhaitent nous accompagner pour poursuivre l’aventure.

Nous allons éditer des pièces inédites, tirages, des affiches, qui seront à vendre et qui nous permettront de financer nos recherches.

Comment envisagez- vous la manière de présenter l’intégralité de votre travail ?

Il s’agit donc de montrer 100 images. C’est beaucoup.

Il a donc fallu trouver un moyen de donner du rythme à la lecture tout en respectant le film.

Toutes les images seront recadrées au format du film (1,33 :1) et leur dimension sera basée sur la durée du plan dont elles sont issues.

Le plan le plus long du film dure plus de 5 minutes. L’image correspondant à ce plan sera donc la plus grande et les autres dimensions seront calculées en conséquence.

Les images seront tirées sur du papier affiche haute qualité. C’est un clin d’œil au cinéma, mais c’est surtout la volonté de travailler sur quelque chose de léger, d’éphémère. Quelque chose qui s’arrache.

Enfin, une édition accompagnera le projet. Nous sommes en train d’y réfléchir. Ce sera sans doute une boite reprenant l’ensemble des 100 images sous forme de poster de très belle qualité.

Le point éphémère
200 quai Valmy, 75010 Paris
Du 12 mars au 15 mars 2015 de 14h à 19h (entrée libre)
Vernissage le 12 mars à partir de 19h
Commissaire : Aurélia Marcadier
www.laurentchampoussin.com/elephant

Laurent Champoussin est né en 1970, il vit et travaille entre Paris et Nantes. Il étudie l’esthétique de l’image et a travaillé pendant 15 ans dans l’industrie cinématographique, notamment comme producteur exécutif pour des films de Nuri Bilge Ceylan, Aki Kaurismaki ou Alain Cavalier. Depuis 2007, il se consacre totalement à la photographie et a participé à plusieurs expositions collectives et personnelles à Berlin, Paris, Madrid et New-York.

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