Evolution

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Evolution, de Lucile Hadzihalilovic, une plongée en apnée au cœur des métamorphoses de l’enfance

Imaginez Vice-Versa revu et corrigé par Jonathan Glazer, réalisateur du brillant Under the Skin. Vous obtiendrez Evolution, le nouveau film de la trop rare Lucile Hadzihalilovic.

Nicolas a onze ans. Il vit dans un village isolé au bord de l’océan. Un village peuplé uniquement de femmes et de jeunes garçons, au pied d’un hôpital surplombant les maisons blanches. Les garçons subissent de mystérieux traitements et leurs mères se livrent à des rituels sexuels nocturnes dans les rochers noirâtres qui se décharnent au contact des eaux profondes.

Un jour Nicolas découvre le corps d’un enfant mort au fond de l’océan. Il va alors se heurter aux premiers questionnements existentiels de l’enfance.

Lucile Hadzihalilovic nous invite ni plus ni moins à faire un voyage mental au cœur de l’esprit tourmenté d’un enfant.

Ce qui est porté à l’écran, c’est la métamorphose d’un corps, celui d’un enfant en proie aux premiers tourments de la puberté.

La réalisatrice prend le parti de livrer un poème noir, un conte conceptuel pour dessiner la complexité de cette parenthèse organique, les premiers contacts avec la mort, l’enfantement, le rapport à la nudité, la relation mère-fils.

Cet espace mental, elle le construit d’abord géographiquement.

D’abord, un océan profond, vivant, teinté de couleurs vives qui tranchent avec le noir opaque de sa surface. Cet océan, c’est celui du réconfort, le fluide de l’enfance, le liquide amniotique qui berce et nourrit. L’espace de rêve de Nicolas.

Ensuite, un village obscurci par le sable noir, aux maisons salies. Ce village, c’est l’inquiétude des métamorphoses, les cauchemars de l’inconnu, l’irrésolution.

Enfin cet hôpital, lieu de la transformation, mais nous n’en dirons pas plus.

Le tour de force du film, c’est que ce que nous voyons à l’écran ne repose jamais sur un principe de réalité mais sur les fantasmagories de l’enfance. Sauf peut-être dans la scène finale du film qui nous rappelle à l’ordre et fait mystérieusement écho à l’actualité sombre de ces jeunes enfants échoués sur nos plages. Le tourbillon mental de l’enfance prend la forme d’une mise en scène précise, elle-même à des années lumières d’un cinéma du réel.

L’image est sidérante. Elle est à la fois belle et perturbante. Elle allie à la fois la froideur et l’abstraction du numérique mais aussi la chaleur et la densité des textures et du grain ajoutés en post production.

La représentation des corps est elle aussi extrêmement puissante. Ces femmes aux sourcils rasés dont le corps est parsemé de vésicules étranges accentuent l’effroi du mystère. Ces jeunes garçons droits comme des piquets, sans âme et sans sourire, comme dévitalisés, fascinent tout autant qu’ils effraient.

Ce film est une œuvre singulière, un sillon nouveau dans le cinéma de genre. Lucile Hadzihalilovic a mis dix ans depuis Innocence, son précédent film. Nous ne pourrons plus attendre aussi longtemps.

Sortie en salles le 16 mars 2016

Note: ★★★★☆