Quand on a 17 ans3 minutes de lecture

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Dans une petite ville de montagne, deux lycéens qui se détestent et n’ont de cesse de se battre entrent dans la dernière phase de leur adolescence, synonyme de préparation de leur bac et de la floraison de leur désir. Entre eux, la tension est électrique, presque palpable et résolument sexuelle. Chacune de leurs rencontres porte la charge de tout ce qu’ils ne se disent pas, à la grâce de la direction de Téchiné et de la co-écriture de Sciamma. Quand on a 17 ans est un film sec, direct, ne s’inscrivant ni dans la tradition d’un cinéma qui dit, ni dans celle d’un cinéma qui démontre. Il est un cinéma qui montre avec la seule élégance possible : à la faveur d’une fenêtre.

Parfait contrepoint de La vie d’Adèle et de ses grandiloquentes envolées pornographiques et lyriques, Quand on a 17 ans ne se donne pour ambition ni de flatter le puceau ni de choquer la bourgeoise. Jouant sur les évidences et les non-dits, il invite le spectateur à l’observation attentive des échelles du réel. Ses adolescents ne sont pas des icônes, bénéficiant de l’intelligence de parents qui cadrent leur rapport avec la bienveillance de l’exemple et n’accédant à leur propre beauté qu’au mépris de tout enjoliveur. Ainsi, si leurs corps se dénudent, c’est au repos et après le tumulte et ce qu’ils peinent à accomplir n’est relatif qu’à leur besoin d’apprendre. La violence de Tom et Damien ne résulte que de ce qui se joue dans sa naissance. Il n’est pas ici question de névrose, mais de construction, de canalisation. Totalement fonctionnel, le récit de cette violence canalisée recourt à l’Eros et au Thanatos – la mort d’un père, la naissance d’un enfant – rappelant à ses figures de proue que le monde comporte suffisamment de violence pour qu’il devienne nécessaire de l’affronter ensemble plutôt que de l’incarner à deux.

Si Damien et Tom forment l’un des couples de cinéma les plus magnétiques qu’il ait été donné d’observer au cours des dernières années, c’est aussi Sandrine Kiberlain qui trouve l’un de ses plus beaux rôles dans le dernier né de Téchiné, incarnant une passeuse dont la profonde bienveillance parvient à forcer tous les barrages. Sensuelle, solaire et d’un optimisme qui confine à la foi, elle est à l’image d’un film dont elle dit la croyance, celle d’une beauté possible. C’est elle aussi qui définit l’allégorie d’une montagne inaccessible en hiver et dont les sommets finissent par s’ouvrir en été, dévoilant l’opportunité de nouveaux horizons avec cette idée simple qu’il faut faire confiance au temps.

Du temps, Téchiné semblait en avoir un peu perdu ces dernières années et renoue par ce dernier Quand on a 17 ans avec les plus grandes heures de son cinéma. Main tendue en direction d’une jeune génération de cinéphiles (Les comédiens Kacey Mottet Klein, Corentin Fila et la cinéaste Céline Sciamma), son film semble définitivement destiné à ouvrir des sentiers, d’une montagne au possible amour, en passant par ceux d’un art cinématographique qui devra rester vivace, tendre et nerveux. Au-delà même de cette pièce maîtresse de son œuvre, ce que signe aujourd’hui le réalisateur de 73 ans est un pacte et nous espérons que ses dignes héritiers auront toujours à cœur de l’honorer.

Note: ★★★★★