Angel Olsen – My woman

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Angel Olsen a, depuis ses débuts, le charme de l’anachronisme. Avec notamment sa coupe au bol, elle arbore un look rétro qui sied parfaitement à sa musique empruntant beaucoup à un univers hors du temps, plus proche des années 1950/1960. Un goût qui lui vient sûrement de sa fascination pour les années 1930 et 1950, due en partie au fait d’avoir été adoptée à l’âge de 3 ans et élevée par un couple né pendant cette période. Pas étonnant dès lors de la voir percer en devenant backsinger pour Bonnie « Prince » Billy (Will Oldham) et sa Folk d’outre-tombe. Mais l’ange voulait prendre son envol. Après un premier LP prometteur Half Way Home (2012), elle semblait pourtant s’être fait couper les ailes sur un Burn Fire For No Witness (2014) intrigant, mais en demi teinte. Avec My Woman, elle semble enfin avoir pris la mesure de son art. Un art qui allie modernité et – forcément – un retour vers ce passé fantasmé.

Dès les premières notes, la chanteuse ne parait plus empruntée. Au contraire, elle fait preuve de l’assurance d’une rockstar ayant écumé les plus grandes salles de concert. Une classe naturelle que l’on ressentait déjà dans ses précédentes offrandes, mais qui cette fois nous éclabousse sur ces dix titres, même dans ses temps faibles. Car dans My Woman, il y en a. Give It Up et Those Were The Days, bien que bonnes, doivent leur faiblesse à ce qu’elles font retomber l’inspiration générale du projet. La première qui fait pont entre Shut Up Kiss Me et Not Gonna Kill You, deux témoins de la sophistication du Rock de la miss, sonne comme une facétie Pop gentille à laquelle il manque l’ambition de ses sœurs. Those Were The Days, respiration sensuelle entre les deux opus magnum de My Woman (Sister et Woman) fait tâche, dans une montée en puissance culminant avec l’émotion de « Pops » et son piano à la simplicité désarmante.

Néanmoins, contrairement à Burn Fire For No Witness, Angel Olsen nous comble avec de véritables tours de force en termes de songwriting et de maîtrise vocale. Sa voix, mi-caverneuse mi-douce à la profondeur inouïe, résonne tout le long des dix titres et se marie aux partitions instrumentales des plus efficaces et puissantes. Comme pour les précédents, les compositions puisent dans le réservoir Folk, Blues et Rock qui ont forgé la belle à la coupe au bol (avant d’accompagner Will Oldham, elle faisait partie d’un groupe de Christian Punk), mais elle transcende ici toute cette matière par une présence digne d’une diva 60’s/70’s. Nancy Sinatra, Dusty Springfield, Patti Smith nous viennent à l’esprit à l’écoute de la maestria dont fait preuve Angel Olsen. Une maîtrise couplée avec un sens du tube jusqu’ici impensable chez l’artiste. Elle le doit certainement à la présence de Justin Raisen à la production, homme derrière les récents albums de Sky Ferreira et Ariel Pink, mais aussi à la bourrasque Pop de Stay Away de Charlie XCX.

Curieuse hybridation qui offre un melting-pot digne des films de Tarantino dont certains titres paraissent en retranscrire l’atmosphère (Not Gonna Kill You, Shut Up Kiss Me, Never Be Mine). On l’imaginerait bien donner des coups à un gang de motards machos façon Black Mamba dans Kill Bill ou danser et rayonner au milieu de la piste à la manière de Uma Thurman dans Pulp Fiction – dont la ressemblance avec Angel Olsen est troublante.

Mais Angel a aussi un brin d’Audrey Horne, l’une des figures féminines cultes de Twin Peaks, la série de David Lynch. D’abord dans son insolence et son caractère espiègle : Intern et sa fausse douceur déguisée par un semi-a capella se noyant sous les nappes de synthétiseurs grisants. Ensuite, par la sensibilité et la tendresse qu’elle dissimule : les moments intimistes offerts par Heart Shaped Face et Those Were The Days. Enfin dans son évolution, semblable à l’héroïne du feuilleton qui s’émancipe de la figure patriarcale de du père, jusqu’à devenir une femme affirmée et intelligente, sûre d’elle et de ses charmes : les splendides ballades Rock à rallonge et sereines que sont « Sister » et « Woman ».

Plus qu’un passage à l’âge adulte (quel cliché envahissant !), My Woman est le récit d’une transformation. Angel Olsen ne joue plus, I’m not playing anymore dit-elle dans « Pops ». Elle s’affirme de titre en titre (Intern, Shut Up Kiss Me), déploie ses ailes et devient cette femme, sa femme (Woman, Pops), celle qu’elle désirait être, imaginait dans l’idée d’une grande sœur (Sister). Qu’elle soit ange ou démon, l’artiste prouve enfin qu’elle peut faire partie des grands. Un des beaux moments musicaux de 2016.

Note: ★★★★☆

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