Cézanne et moi3 minutes de lecture

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Paul Cézanne et Emile Zola ont été amis, anecdote dont Danièle Thompson choisit aujourd’hui de faire un long-métrage. Certes, les deux artistes se sont aimés, détestés, peut-être, et n’ont pas manqué de laisser chacun une relative emprunte sur l’œuvre de l’autre, mais est-ce suffisant ? Rapide aveux du film et à moins d’une vraie relecture qui ne poindra jamais, la réponse est non tant les enjeux dramatiques de cette histoire s’avèrent trop épars. Aussi, le personnage de Cézanne capte-t-il rapidement toute la lumière, tirant la couverture sur quelques bons mots destinés à amuser le spectateur par effet d’anachronisme (la prostitution plus acceptable qu’aujourd’hui, laisser dire d’une toile de maître qu’elle ne dévoile qu’une très jolie pendule, …). Amusantes mais inconsistantes petites bulles de champagnes, ces facéties ne peuvent faire oublier la verve du Brialy originel, celui du Genou de Claire, dont le sociétaire de la Comédie Française emprunte ici l’aspect et le tempérament, mais jamais l’intelligence et le raffinement du dialogue. Car Thompson n’est pas Rohmer et ne saurait, à son instar, construire un personnage aussi joueur que précis dans sa construction d’un discours portant une vision du monde, du désir et des rapports humains.

De petites bulles en petites bulles, la cinéaste esquisse tout de même quelques moments de tensions, réussis lorsqu’ils sont voyeuristes (Zola écoutant le couple Cézanne se pourrir à travers une porte, Cézanne écoutant les amis de Zola le détruire à travers une fenêtre), beaucoup moins lorsqu’il s’agit de réunir les êtres en un même espace. Climax tendu à l’amorce de l’hiver du film, Paul Cézanne et Emile Zola se font face dans un escalier. Les deux Guillaume qui les campent se toisent, s’époumonent, mais rien dans leurs corps ne vit ni ne se débat. Champs, contrechamps, cris, mais pas d’agitation, de mouvement, d’énergie. Parfaite illustration d’un film lui-même trop illustratif, cette scène clé dit tout de Cézanne et moi, de ces comédiens – si talentueux ailleurs – ici dirigés avec un profond balai dans le cul, et de cette réalisatrice qui, incapable de donner de la chair à son histoire, ne peut que la figer en une carte postale dénuée de style et dont le paysage fait tout.

Ce paysage, toutefois, parvient à enchanter un temps, à donner un peu de couleur au film et à en sauver les murs (souvent absents) de tout aspect mortifère. Ce que nous parcourons durant prêt de deux heures n’est autre la rassérénante Provence de Pagnol, filmée avec une minutie visant à en magnifier la chaleur et la beauté. Une madeleine de Proust méditerranéenne cuisinée avec un tel amour qu’il deviendrait presque cynique de n’y voir qu’un camouflage en forme de criquets, d’anchoïade et d’huile d’olive Puget. Il faudra alors, pour raison garder, nous souvenir à nouveau du décor dans lequel évoluait le Brialy pastiché ici, et qui avait besoin de si peu d’artifices pour nous convier, un été, sur le lac d’Annecy.

Note: ★★☆☆☆

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