Juste la fin du monde3 minutes de lecture

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Louis (Gaspard Ulliel) est un dramaturge de 34 ans qui a coupé les ponts avec sa famille. Après douze ans d’absence, il décide de renouer les liens avec les siens pour leur annoncer qu’il doit mourir bientôt.

À l’occasion d’un déjeuner dominical, il retrouve sa mère (Nathalie Baye), Suzanne, sa jeune sœur qu’il a à peine connue (Léa Seydoux), Antoine son frère (Vincent Cassel) et sa femme Catherine (Marion Cotillard).

Juste la fin du monde est le cinquième film de Xavier Dolan, qu’il qualifie modestement de son premier « en tant qu’homme ». C’est l’adaptation d’une pièce de théâtre écrite en 1990 par Jean-Luc Lagarce, alors atteint du SIDA (il décède en 1995).

Dans le dossier de presse, le réalisateur explique qu’on lui a soumis ce texte en 2010, mais qu’il éprouva à sa lecture une forme de désintérêt, avant d’y revenir après Mommy, se persuadant « vers la page 6 », qu’il s’agirait de son prochain film.

Lisons entre les lignes : il y a deux ans, Xavier Dolan annonçait qu’il allait réaliser The death and life of John F Donovan avec Jessica Chastain, son premier film en langue anglaise dont le tournage a débuté cet été et doit se poursuivre jusqu’en juin 2017. Pendant cette phase prolongée de production, le frénétique réalisateur a voulu combler cet intervalle et s’assurer une nouvelle sélection cannoise avec un projet plus léger à mettre en place (adaptation théâtrale, unité de lieu, casting réduit).

Autant dire qu’il aurait dû laisser ce manuscrit sur l’étagère où il l’avait rangé : le texte est à la fois daté dans son propos – les années SIDA, le rejet de l’enfant homosexuel – et surtout, ne réussit jamais l’épreuve du passage au medium cinéma.

C’est très vite un véritable calvaire pour le spectateur que de subir l’hystérie collective de cette famille dysfonctionnelle, épuisante à force de joutes verbales incessantes. Inutile de chercher dans l’interprétation un quelconque contre-emploi, les acteurs y jouent strictement la partition qu’on a l’habitude de les voir réciter par ailleurs.

Mais encore, Xavier Dolan, choisit de filmer les visages en gros plans systématiques, comme pour contredire la distance du théâtre. Un procédé qui équivaut au niveau zéro de la mise en scène, on voudrait lui souffler qu’un plan en Cinémascope peut tout aussi bien enfermer un personnage dans le cadre et mieux dire la solitude que ces close-up paresseux.

Il faut toutefois avouer que Xavier Dolan peut se montrer par intermittence un bon filmeur, réussissant un très joli moment dans la première scène de complicité entre Louis et Catherine, quand il met en sourdine la logorrhée ambiante et capte ce moment suspendu entre les deux personnages, il parvient à un peu d’émotion. Mais très vite, ces séquences d’introspection deviennent les prétextes à des flash-backs en mode clip pendant lesquels Dolan nous fait partager le contenu de sa bibliothèque musicale (Camille, Foals, Moby) sur des vignettes de type Instagram.

Tout est factice et artificiel dans le film, que ce soit dans les rapports entre les personnages, que dans la façon dont ils semblent parfois chercher leurs mots, interrompre une phrase pour trouver la bonne tournure… Marion Cotillard est celle qui s’en sort encore le mieux au milieu de ce naufrage dont le sommet dans la gêne est atteint lors d’une scène forcée de danse façon fitness entre Léa Seydoux et Nathalie Baye.

Pour un film dit de la maturité, il faudra repasser.

Note: ★☆☆☆☆

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