Contrairement à une bonne partie de la geekosphère, on ne s’est pas beaucoup réjoui quand Gareth Edwards a été annoncé comme l’homme aux commandes du premier spin off de la saga Star Wars. Avec ce petit objet d’imposture qu’est Monsters, le réalisateur a réussi à se faire un nom auprès de ceux qui voient systématiquement du génie sous l’étiquette de SF fauchée quand il n’y a rien à se mettre sous la dent une fois l’emballage ouvert. Gareth Edwards y manifestait déjà toutes les scories de son cinéma, justifiables a priori par l’absence de budget mais qui allaient se confirmer dans Godzilla – blockbuster pas vraiment dépourvu de dollars – : direction d’acteurs calamiteuse, mise en place du récit laborieux et surtout, cette fâcheuse tendance à mettre à distance les véritables enjeux narratifs au profit de situations qui ne font que tergiverser autour du sujet. Dans Godzilla, sous l’argument de faire un film de kaiju à hauteur d’homme, la révélation du monstre n’est pas seulement retardée, mais son image est systématiquement confisquée au regard du spectateur. C’est un cinéma qui regarde dans une direction – les acteurs observent toujours quelque chose hors du cadre – sans se frotter frontalement à son sujet. C’est un peu gênant dans le cadre de Rogue One puisqu’il s’agit par définition d’un spin off de la saga qui veut donner à voir ce qui était jusque là maintenant maintenu hors champ.

On peut alors analyser l’échec de Rogue One dans son incapacité à raconter l’histoire qu’on nous a vendue et le voir comme une forme de supercherie car non, Rogue One n’est pas le film de guerre annoncé, pas plus que le récit d’une mission suicide. Plus exactement, Rogue One n’est ce film que dans son dernier acte et il est déjà beaucoup trop tard. L’erreur ici est que les personnages n’apprennent qu’ils doivent voler les plans de l’Étoile Noire pour la détruire que tardivement dans le récit, alors que c’est le fondement narratif du métrage et que nous, spectateurs, le savons depuis 1977 et les premières lignes du fameux texte défilant jaune de La guerre des étoiles. Le reste du temps, Rogue One s’emploie à courir trop de lièvres à la fois, dans une tentative un peu vaine de se poser comme un objet distinct de la saga originale tout en s’y accrochant pour en relier les fils, avec force clins d’œils souvent lourdement adressés aux fans. On veut nous confisquer nos repères – absence du générique habituel, du thème musical original de John Williams, pas de Jedis ni de Force – mais on nous ressert les thématiques habituelles des épisodes précédents – la quête initiatique, le rapport au père, la rébellion, le dilemme face au choix d’entrer ou non dans la résistance –. Rogue One s’apparente alors à une série de renoncements, à sa nature de spin off, à sa noirceur supposée.

On ne sait pas dans quelle mesure les reshoots dont a fait l’objet le film – cinq semaines de prises de vues additionnelles, tout de même – ont pu peser dans ce bilan plus que mitigé mais au vu du résultat, on ne peut pas affirmer qu’ils aient apporté de solution à ses problématiques, au contraire. Les personnages ne sont pas suffisamment caractérisés, ce qui est un comble pour un film dit de commando. Cela interdit au film de nous faire croire à ce qu’il essaie de nous signifier : qu’il faut se salir les mains quand on est dans la résistance, que Jyn accède au statut de leader de la mission suicide… La psychologie de chacun de ses membres, les interactions entre eux auraient pu être développée si le film s’était assumé comme un vrai film de guerre à la Douze salopards, mais en l’état, on les voit se faire décimer poliment un par un sans aucune émotion. La dernière partie, qui devrait être le climax émotionnel et spectaculaire ne sauve pas le film de là où il s’est empêtré. L’action simultanée en trois endroits différents est une structure qui est rabâchée des autres épisodes de la saga, où il ne suffit pas de substituer un environnement connu par un autre avec plages et palmiers pour nous faire croire à une nouveauté. Si Le réveil de la force avait permis l’an dernier d’envisager de façon optimiste la nouvelle trilogie, ce Rogue One là n’augure rien de bon pour ce qui concerne l’univers étendu de la saga.

Note: ★★½☆☆

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