Fantastic Birthday

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Fantastic Birthday

La démarche indécise et menue. La posture craintive et chancelante. Les prunelles envoûtées par un ailleurs forestier, une jeune fille se retrouve piégée entre frénésie et crainte. Ses doigts se replient doucement sur sa paume. Sans brusquerie, sans force. Le contact est délicat et léger. Elle tremble, ça se voit à peine. Le brouillard humidifie ses joues, ses cheveux virevoltent au rythme du vent. Mais cet apaisement apparent dissimule une fièvre latente. Et très vite l’effervescence devient anxiogène et l’exaltation, suffocante.

Présenté en compétition internationale à l’Etrange festival 2016, Fantastic Birthday (Girl Asleep), premier long métrage de l’australienne Rosemary Myers est l’adaptation de l’une de ses pièces de théâtre. On y suit Greta Driscoll, nouvelle arrivante dans une école bien peu accueillante – mis à part Elliot, petit rouquin bienveillant et touchant – et qui s’apprête à fêter ses 15 ans. Mais la jeune fille semble refuser de grandir et s’enfuit dans un monde de l’enfance symbolisé par une curieuse boîte à musique qui lui ouvre un univers mental aussi féerique qu’étrange. Alors que ses parents organisent une grande fête d’anniversaire à son insu, Greta, mal à l’aise et incommodée, sombre dans un sommeil initiatique mêlant conte, érotisme, violence et angoisse.

Cette œuvre miniature (1h17 !) a une particularité manifeste : son esthétisme très marqué, entre imagerie vintage (on suppose être dans les années 70) et couleurs chatoyantes. Si on pense directement à Wes Anderson, notamment par son humour sophistiqué, ses dialogues maîtrisés et sa mise en scène fignolée, Fantastic Birthday lorgne aussi vers le chaos de l’enfance peint dans Max et les Maximonstres de Spike Jonze.

Mais au-delà des ces références, le film de Rosemary Myers réussit à voler de ses propres ailes, en mêlant artificialité de ses effets et sincérité du portrait de l’enfance – on ne serait pas étonné d’apprendre la part autobiographique du scénario. L’artificialité fait justement écho à l’origine théâtrale du projet qui est rejouée au sein même de la mise en scène. La séquence d’ouverture en serait une parfaite illustration. Greta est interpellée par Elliot, qui lui propose alors avec une savoureuse maladresse de devenir son camarade tandis que s’agite en arrière plan, tout le microcosme de l’école, sa candeur et sa cruauté. La fixité frontale du cadre, seulement troublée par quelques zooms abrupts, est alors témoin des mouvements perpétuels des figurants faisant penser à une chorégraphie très précisément millimétrée. La réalisatrice serait comme une enfant qui invente une histoire avec ses propres jouets. Le décor se déhanche, les personnages rentrent et sortent du plan donnant une illusion de vie pré-fabriquée. Mais Meyers assume complètement cet aspect illusoire et appuyé – voire une merveilleuse séquence de danse disco sublimée par le tube de Sylvester, You Make Me Feel (Mighty Real) – et en fait son étendard. Le résultat est flagrant, la salle est traversée de murmures enthousiastes.

Si tout semble étonner avec la même énergie débordante, profitant pour le coup de beaux personnages incarnés (im)parfaitement par des acteurs encore inconnus (comprendre que du défaut de leur jeu naît une belle authenticité), lorsque le nœud de l’œuvre arrive, le moment où Greta s’endort et devient la Girl Asleep du titre original, Myers peine à renouveler des thèmes déjà connu – le fameux passage à l’adolescence – et à continuer à surprendre. La jolie réalité artificielle de cette petite ville australienne cède le pas à un onirisme de carton pâte frustrant, peu inventif et trop cliché pour fonctionner. Et la déception s’opère à l’ombre de la lune.

Le twist se révélera quant-à lui trop prévisible et curieusement, le brutal retour à la réalité redonnera au film tout son intérêt. On regrette que cette partie fantastique dure tout de même plus de la moitié d’une œuvre si convaincante lorsqu’elle s’attardait à représenter avec sa singularité cet âge difficile. Une première expérience cinématographique loin d’être transcendante, mais qui signe l’acte de naissance d’une cinéaste à la personnalité fougueuse qu’il faudra suivre – le film ayant eu son petit succès à la dernière Berlinale.

Note: ★★★☆☆

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