La belle et la bête

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La belle et la bête

Il y a très peu de contes aussi fascinants que celui de La Belle et la Bête. Tout le monde le connaît, de près ou de loin et en a saisi cette si douce morale qu’est la rédemption. Il faut dire que s’il est difficile d’en attribuer un auteur originel, cette histoire a traversé les âges, les frontières et les langues pour se répandre oralement et à l’écrit et connaître de multiples variations. Que le cinéma et la télévision en aient offert de nombreuses adaptations, cela a quelque chose de légitime finalement, surtout quand elles sont aussi différentes dans le ton et dans l’approche. Dans l’Histoire du 7ème art, deux sont sorties du lot et revêtent aujourd’hui le statut d’objet culte : le film de Cocteau de 1946 avec l’immense Jean Marais et la version animée et chantée de Disney, en 1991. Rien d’anodin, car chacune aura donné une vision forte et singulière du conte, entre sa poésie et son caractère transgressif chez le maître français et son aspect universel et enchanteur chez la machine à rêve Hollywoodienne. Mais la qualité du conte n’implique pas forcément la réussite artistique. Pour mémoire, la terrible version fortunée de Christophe Gans et produite par Pathé avec Vincent Cassel et Léa Seydoux qui tombait dans le kitsch de mauvais goût, là où Cocteau et Disney avaient réussi à maintenir un équilibre sain.

Pourtant, voir Disney se lancer à nouveau dans un remake live en forme de copie conforme de son grand classique – à ranger aux côtés de Blanche Neige et La Belle au bois dormant -, n’est-il pas alarmant ? On sent la société aux grandes oreilles de souris à bout de souffle créatif ces derniers temps, alors qu’elle n’a jamais été aussi prolifique et riche. Les acquisitions des franchises Star Wars (pour le meilleur) et Marvel (trop souvent pour le pire, malgré des éclaircies comme Les Gardiens de la Galaxie) sonnent désormais moins comme un triomphe quand on regarde le calendrier des sorties envahi par des films génériques et standardisés qu’on oublie très souvent en passant au suivant. De plus, Disney a de son côté procédé à une véritable refonte live de ses chefs-d’œuvre de l’animation dont on a du mal à admettre l’intérêt. Qu’apporte Maléfique à La Belle au bois dormant, si ce n’est une certaine réhabilitation de sa méchante phare et qu’en est-il du récent Livre de la Jungle qui n’a de justification que pour sa prouesse technique (en motion capture) ? On se souvient néanmoins qu’il y a quelque temps, Disney était porté par de véritables propositions originales (Pirates des Caraïbes, qui s’est certes fourvoyé dans des suites sans saveur ou plus récemment, le sympathique et émouvant The Finest Hours avec l’oscarisé Casey Affleck). Alors qu’apporte réellement ce cru 2017 de La Belle et la Bête ?

Si la bande annonce du film qui a battu d’énormes records de vues sur les plateformes dédiées a donné l’impression de voir plan par plan la même chose que dans l’œuvre de 1991, ce n’est pas une erreur, mais un des objectifs de Disney. Car contrairement à Maléfique, La Belle et la Bête est d’une fidélité renversante et (quasi) sans faille à son illustre modèle. Un respect qui pose question en termes esthétique et artistique, notamment vis-à-vis du réalisateur, Bill Condon. Connu pour les deux derniers Twilight, mais aussi auteur de Candyman 2 en 1995 (pas si éloigné de l’univers féerique de son nouveau film par le rapport au conte que le boogeyman des ghettos américains tisse), il semble ici se fondre dans une machinerie plus grande que lui et le style croule finalement dans la réutilisation du même. Évidemment, on ne peut qu’être impressionné et transporté par les numéros musicaux (agrémentés de nouvelles chansons), chantés et dansés et qui prennent littéralement vie devant nos yeux. De même que les effets spéciaux qui font de la Bête une créature plus crédible que chez Pathé. Ou enfin la crédibilité incroyable d’Emma Watson dans son rôle de Belle. Mais la meilleure trouvaille du film se situe dans ses seconds couteaux, plus exactement Gaston et son acolyte LeFou. Ce dernier, ouvertement très épris de son maître, ouvre pour la première fois Disney – studio universel et familial par excellence – à une relation homosexuelle, certes unilatérale mais tout de même très assumée. Relation qui fait d’ailleurs débat dans le monde entier et qui voit le film interdit dans plusieurs États. Impensable jusque-là pour le studio qui ose officiellement la transgression et rapproche quelque part ce film de celui de Cocteau.

La Belle et la Bête propose donc une vision moderne qui n’est pas négligeable quand on sait que la grande majorité de ses spectateurs se composera d’enfants et jeunes adolescents. Mais globalement, il s’agit avant tout d’un film qui s’adresse aux véritables fans du premier. Une légère relecture qui appuie et modèle certains des éléments subtilement présents dans l’original. Une œuvre qui fonctionne donc comme un plaisir nostalgique, celui de revivre une seconde fois le frisson de l’enfance lors de la première vision. On connaît déjà la chanson, mais le plaisir est toujours intact et scellé. Un sentiment qui prend pleinement sa place dans la vague récente de revisite du cinéma hollywoodien des années 80, avec Super 8 ou encore la série Stanger Things. Un sentiment qui aura pour écho une très très lointaine… Histoire éternelle.

Note: ★★½☆☆

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