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tunnelAvec Tunnel, Kim Seong-Hoon revisite le film catastrophe et livre un blockbuster coréen qui a de la tenue malgré ses imperfections. Pari presque réussi.

Kim Seong-Hoon n’a pas la renommée des maîtres coréens contemporains à l’instar de Bong Joon-Ho, Na Hong-Jin ou Park Chan-Wook.

Néanmoins, il avait fait son petit effet à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2014 en présentant son deuxième film, Hard Day, thriller burlesque, très drôle et très nerveux, devenu rapidement culte dans la galaxie des aficionados du film de genre coréen.

Il revient avec Tunnel, un film dont les ambitions artistiques et le budget font de Hard Day un petit film expérimental.

Kim Seong-Hoon réunit au travers d’un casting royal toute la hype du cinéma auteuro-commercial de son pays : Ha Jung-Woo, repêché dans le Mademoiselle de Park Chan-Wook, Donna Bae, actrice fétiche des sœurs Wachowski (Cloud Atlas, Jupiter Ascending) et Oh Dal-Su, le second rôle ultime qui a traversé toutes les filmographies coréennes récentes de Hong Sang-Soo à Kim Jee-Woon.

Avec ses 7 millions d’entrées en Corée du Sud, second succès de 2016 après Dernier Train pour Busan, Tunnel est un blockbuster assumé, et c’est sans doute ce qui le rend intéressant par les partis qu’il prend.

Ici aucun prologue, aucune exposition des personnages avant la catastrophe qui arrive sans vraiment s’annoncer.

Un homme dont on sait seulement qu’il est père de famille et qu’il travaille chez Kia Motors, une voiture, un tunnel, un effondrement, le tout en quelques minutes.

Le choix est très fort, car il oblige le cinéaste à dessiner les personnages, tisser les fils narratifs et asseoir la trame émotionnelle de son film dans le flux d’une action qui se voudra minimale.

En effet, l’autre choix du cinéaste consiste à éviter la pyrotechnie répétitive, l’accumulation de désastres, autres attributs du genre. Son personnage est incarcéré pour de bon, et aucun autre effondrement (ou presque) ne viendra déréguler son dispositif. Il nous épargne l’indigestion des moments de bravoure qui habillent généralement la vacuité de scénarii prêt-à-porter.

A ce titre, en s’affranchissant des conventions, le réalisateur prend à rebours tout ce que l’on a l’habitude de voir depuis que le genre existe : de la Tour infernale à Backdraft en passant par Daylight, Airport ou Le pic de Dante.

Et il le fait avec un minimalisme et une efficacité redoutable. L’effondrement du tunnel est impressionnant et le personnage se retrouve littéralement encastré dans son véhicule avec pour seule compagnie, son téléphone portable, deux bouteilles d’eau et le gâteau d’anniversaire de sa fille.

Un petit traité de mise en scène se met alors en place en jouant sur l’éclairage naturel de l’habitacle et la lampe du téléphone. Les mouvements sont choisis et le sentiment de claustrophobie s’imprime dans cet espace réduit à son plus simple appareil.

La première heure du film est saisissante et d’autant plus que l’homme est seul. Pas de communauté où les uns les autres s’entraident et dessinent des caractères toujours complémentaires et parfois manichéens. Il n’a que pour seul rapport avec l’extérieur son téléphone dont la batterie s’épuise.

Autour de cet homme se met alors en place un réseau d’aide et le cinéaste passe au vitriol les absurdités de la société coréenne avec un sens de l’ironie qui ne laisse rien au hasard.

Politiques, médias, secouristes en prennent pour leur grade dans les excès et les manipulations auxquels ils se soumettent sans aucun libre arbitre.

Ce qui est en jeu, c’est le sauvetage d’une vie humaine et l’engagement des pouvoirs publiques ne se mesure pas au nombre de victimes mais à l’absolu considération qu’une seule vie doit être sauvée.

Le cinéaste pointe également du doigt les excès du développement de la Corée du Sud. Le pays est aujourd’hui en tête du classement de l’OCDE en termes de décès par accident. Le développement économique du pays fut réalisé à marche forcée. La tragédie du naufrage du ferry Sewol, faisant 304 victimes en avril 2014, reste la plus connue et un déclencheur dans la volonté du cinéaste de réaliser ce film.

Le film perd de sa force dans sa deuxième heure et l’irruption de plusieurs éléments, qu’on ne dévoilera pas, qui font dévier le film de son dispositif. La narration devient plus conventionnelle et le dénouement malheureusement très attendu.

On regrette que le cinéaste n’ait pas resserré son film dont la durée – 2h07 – rend au final l’œuvre à moitié réussie et n’ait pas assumé ses partis pris jusqu’à l’épilogue.

Note: ★★★☆☆

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