Twin Peaks The return – Épisode Pilote

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Tout bien considéré, cette saison 3 de Twin Peaks relève du miracle.

Vingt-cinq ans après la série originale, dix ans après que David Lynch ait déclaré prendre sa retraite, on n’attendait plus ce retour malgré les rumeurs ponctuelles d’une nouvelle saison.

Au moment où il est de bon ton de taper sur Netflix en l’accusant de détruire l’industrie du cinéma, il faut tout de même s’interroger quelques instants sur le fait que ce n’est pas pour un long-métrage de cinéma que le réalisateur de Lost Highway a décidé de revenir aux affaires, mais bel et bien pour un projet de télévision, pour lequel il a eu entière carte blanche et qu’il a pris en charge intégralement, écrivant (avec Mark Frost) et réalisant la totalité des dix-huit épisodes, contrairement à la série originale dont il n’avait mis en scène que le pilote et cinq épisodes.

Bien sûr, même prise en charge par d’autres, la série diffusée entre 1990 et 1991 était entièrement imprégnée de l’univers de David Lynch, de son style qui mélange l’horreur et l’absurde, les visions grotesques et une fantaisie basée sur le non-sens. Mais même avec David Lynch en show runner, la série accusait quelques ventres mous de mi-saison, après la révélation de l’identité du meurtrier de Laura Palmer. Elle se perdait ici et là dans quelques sous intrigues pas follement passionnantes avant que David Lynch ne vienne resserrer les boulons et reprenne la barre d’un final qui en laissa beaucoup sur leur faim.

Ceux qui attendaient des réponses dans cette troisième saison de Twin Peaks vont devoir ronger leur frein. A-t-on déjà vu David Lynch fournir un mode d’emploi à ses films aux structures complexes, à ses visions mystérieuses ? Il ne sera évidemment pas question de cela ici. Twin Peaks – The return a plus à voir avec Fire Walk With Me, sa violence, sa noirceur absolue, son expérimentation qu’avec la fantaisie de sitcom de la série.

En fait, Twin Peaks The Return est un pur concentré de l’univers lynchien, qui contient comme un hybride une bonne partie de l’oeuvre la plus expérimentale et radicale du réalisateur, de Eraserhead à Lost Highway, en passant par Mulholland Drive et INLAND EMPIRE. C’est d’ailleurs à Mulholland Drive que cette troisième saison de Twin Peaks fait beaucoup penser, sûrement parce quel le film était au départ aussi prévu comme une série à part entière, dont le financement était tombé à l’eau. David Lynch y pose dans les deux cas des éléments de narration hétéroclites, dont on se demande a priori la façon dont les éléments peuvent se relier. Mais selon un principe de dévoilement très progressif, une idée de la narration se met en place, pas un plan d’ensemble, non, il ne faut pas non plus exagérer ! Mais assez pour que le spectateur ait suffisamment faim pour y retourner.

On ne dira rien ici de ce que David Lynch réserve aux spectateurs, mais de toute façon, aucun spoiler ne peut préparer au formidable pouvoir de sidération que provoquent les deux premières heures de la série, fascinantes, déroutantes et jusqu’au boutistes, qui déjouent totalement les attentes, prennent leur temps dans la durée des séquences et la façon dont les dialogues sont dits avec un sens du rythme très précis.

Il est trop tôt pour juger de façon globale ce que sera Twin Peaks The return, mais malgré les repères auxquels on s’accroche comme à une bouée (la musique de Badalementi, les décors) et l’émotion de retrouver les personnages connus vingt-cinq ans après, on peut déjà affirmer que la série ne ressemble à rien de connu, ni à rien de ce que l’on aurait pu anticiper. Dans un contexte où les programmes de fictions télévisés ont beaucoup évolué au point de rivaliser avec l’industrie du cinéma, il était logique que David Lynch ait choisi de franchir quelques paliers afin de ne pas traîner derrière la concurrence.

Le patron de Showtime, sur lequel est diffusé la série, avait annoncé un pur shoot d’héroïne lynchien. Il n’avait pas menti, et on prend rendez-vous avec notre dealer toutes les semaines jusqu’en septembre, parce qu’une came comme celle-là, c’est de la bonne.

Note: ★★★★★

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