The last girl – Celle qui a tous les dons

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Avec The Last Girl, celle qui a tous les dons, Colm McCarthy propose une relecture sage du jeu vidéo, The Last of us, loin d’atteindre la puissance des classiques du genre.

Dans un futur post-apocalyptique, un groupe d’enfants infectés par un agent pathogène « zombie » vit retranché dans une base militaire au fin fond de la campagne anglaise.

Mélanie (Sennia Nanua), chef de bande de ces jeunes adolescents, est perçue comme l’ultime espoir d’une humanité dévorée.

Bien que dotée d’un appétit féroce pour la chair humaine, elle fait preuve, en effet, de capacité de contrôle et de sentiments qui poussent les scientifiques, menés par le docteur Caroline Caldwell (Glenn Close), à expérimenter la possibilité d’un vaccin constitué de l’ADN de la jeune fille.

Alors que la base se retrouve assaillie par une horde de zombies, un petit groupe constitué de Mélanie, le docteur Caldwell, quelques militaires et Helen Justineau (Gemma Arterton) prend la fuite.

Colm McCarthy est un nouveau venu au cinéma.

Le metteur en scène a écrit ses lettres de noblesse dans la série, notamment en réalisant les épisodes de la saison 2 de Peaky Blinders, référence absolue dans ce que le Royaume-Uni peut nous offrir de plus ambitieux en termes d’écriture télévisuelle.

A l’image de Peaky Blinders, on retrouve dans le film un univers visuel très fort, notamment dans sa première partie.

McCarthy filme cette base militaire comme un bunker dévitalisé avec une maîtrise réelle des espaces et il instille autour de Mélanie, affublée d’une muselière, un climat de tension permanent et énigmatique.

Les rituels sont savamment orchestrés, de la mise en cage des jeunes enfants à leur circulation au sein du blockhaus. Ce sentiment d’étrangeté rappelle parfois Le village des damnés, chef d’œuvre sixties de Wolf Rilla.

Sennia Nanua, dont c’est le premier film, impose par sa présence, la fragilité de l’enfance et la férocité d’un monde devenu désincarné. Elle donne une densité poisseuse aux scènes d’enfermement tout en faisant preuve d’un jeu porté par le naturel de l’innocence.

Cette première demi-heure est assez remarquable.

C’est dans sa seconde partie que le film se perd. Il devient un banal survivor déjà vu mille fois doublé d’une fable écolo new-age assez ringarde.

Les personnages se rétractent vers des postures trop attendues tendant vers le cliché : la méchante scientifique qui ne voit plus la part d’humain autour d’elle, l’éducatrice courageuse et naïve qui adopte Mélanie par substitution, les militaires un peu bourrus mais au grand cœur …

Et les acteurs sont en roue libre. Glenn Glose sur-joue la caricature du personnage à double face et Gemma Arterton, pourtant remarquable chez Stephen Frears, Anne Fontaine ou Des Pallières, ne franchit jamais le cap du rôle physique. N’est pas Ripley qui veut !

Par ailleurs, le réalisateur perd le fil d’une mise en scène qui impressionnait dans l’ouverture du film pour une écriture très standard.

On suit cette bande de fuyards qui franchit les étapes de leur voyage comme les niveaux d’un jeu vidéo et on regrette que Colm McCarthy ne transcende pas sa vision par ce qu’offre le cinéma comme champ d’expérimentation. Ici, l’intensité passe par le trucage de l’image et un montage trop souvent épileptique.

Alors que Romero, Carpenter ou Darabont offraient derrière leurs chefs d’œuvre zombiesques un regard puissamment politique et social sur notre société, The last Girl, celle qui a tous les dons, manque cruellement de substance dans ce domaine. Le film navigue entre fin de l’humanité et divagation écolo sans vraiment porter de regard.

Reste l’épilogue à rebrousse-poil, qui redonne une noirceur brutale, étrange et mélancolique au film, la même qui irriguait son ouverture.

Malheureusement, cela ne suffit pas.

Note: ★★☆☆☆

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