Live Report | La route du rock 2017 : Jour 1

Andy-Shauf

On a beau avoir vécu de longues années, traversé d’innombrables expériences – succès comme déconvenues -, avoir un avis sur tout et n’importe quoi au point de ne plus se passionner pour quoi que ce soit, blasés que nous sommes par nos connaissances du monde qui nous entoure. La vie est incompréhensible. Sans cesse, elle s’arrange pour mettre un bon coup de pied dans ce qui nous paraît comme étant établi pour toujours.

La musique agit exactement de la même façon. Passée l’exploration insatiable de l’adolescence, arrive le temps du tri et des choix qui finit inexorablement à cause de nos enjeux personnels, par nous éloigner de ce que nous recherchions jadis.

Il est pourtant des instants qui reviennent faire jaillir les émotions d’autrefois. Si toutefois on accepte de les vivre.

Cette édition de la Route du Rock, la 27ème du nom, a résonné exactement de cette façon pour un bon nombre de festivaliers. Elle n’a laissé à coup sûr personne indifférent. Les plus jeunes ont trouvé une source inépuisable d’inspiration. Les plus âgés ont retrouvé ces émotions menacées d’extinction.

Alors certes, chacun a pioché dans ses propres émotions parmi les diverses et nombreuses qu’il aura vécues au travers de la douceur d’une première soirée d’ouverture, la fureur d’un rock garage très présent, les revivals complètement fous et l’électricité ambiante dans un Fort St Père bondé.

Nous reviendrons bien sûr sur l’ensemble de ces énergies qui se sont entrecroisées au travers des quatre jours de festivals, mais dans un premier temps, consacrons-nous à la soirée d’ouverture qui avait lieu le jeudi 17 août à La Nouvelle Vague de St Malo.

Sans grande tête d’affiche, ce jeudi soir avait tout de même de l’allure avec ses trois concerts, un peu hors du temps. La soirée a commencé très rapidement dans une salle bondée dès les premières minutes. Alex Cameron avait la dure tâche de lancer le festival. Le protégé préféré du chanteur de Foxygen, est arrivé comme à son habitude dans une tenue décontractée, jeans et marcel blanc. Le jeune Australien ne se laisse pas démonter par l’enjeu : il en vu d’autres. Longtemps, il a couru après sa belle étoile, là où le monde du disque ne voulait croire en son potentiel en raison de son style d’abord musical qui ne concorde pas avec son époque, mais aussi physique lui qui avoisine les deux mètres de haut et épais comme une allumette. Il finit par être repéré par le label Secretly Canadian (Suuns, Here We Go Magic, The War On Drugs, etc.).

Sur scène, Alex Cameron se déhanche beaucoup, cela fait partie du personnage. Il est vrai qu’il est difficile de ne pas trouver ça un brin ridicule, notamment lorsque l’on associe à cela son ami et saxophoniste Roy Molloy, qui passe son temps à attendre son solo (présent dans chaque chanson) en hochant la tête assis sur sa chaise et fixant le public.

Le tout est assez déroutant, mais les personnages sont attachants et Alex communique beaucoup avec le public et crée un lien qui permet au concert d’être plaisant.

Mais cette prestation sera vite évincée par la véritable pépite de la soirée, à savoir Andy Shauf. Attendu pour jouer les seconds rôles pour Allah Las, en réalité, il lui a littéralement volé la vedette. Pourtant, ce n’était pas chose aisée, puisque les Allah Las bénéficient d’une très bonne presse, dont nous faisons partie. Ces derniers, pour qui la majorité du public s’était déplacée, ont connu quelques difficultés de démarrage avec des longueurs sur les réglages, sans doute accentuées par la présence sur scène des musiciens californiens.

Arborant une marinière comme un hommage, le chanteur principal Miles Michaud semblait des plus détendus en compagnie de ses acolytes, malgré ses quelques désagréments. Le public déjà dans la poche grâce à leur précédent passage au festival dans cette même salle en 2015 pour la collection hiver mais aussi en 2013 au Fort St Père, les Américains n’ont eu aucun mal à lancer leur show. Malgré d’évidents problèmes de son, notamment sur le réglage d’un micro et des guitares, le spectacle est au rendez-vous. Les musiques sixties idéales pour la saison estivale parviennent même à lancer un pogo gentillet dans les premiers rangs. Les chansons phares du premier album comme Catamaran ou encore Sacred Sand sont simplement irrésistibles.

Allah Las aura rempli le cahier des charges et convainc le public, sans aucun doute possible et pourtant, si l’on devait retenir une prestation se serait celle d’Andy Shauf. Intercalé entre les deux concerts, le jeune prodige présente son troisième album The Party qui est loin de celle que l’on peut s’imaginer ! Avec sa tonalité résolument folk, c’est plutôt une musique qu’on écoute un lendemain de cuite.

Andy Shauf est un jeune homme résolument calme et soigné et complètement sûr de sa force. Il est ainsi le dernier représentant avec le chanteur de Buvette, Cédric Streuli, des chanteurs à cheveux longs ! Il les surplombera pour l’occasion d’une casquette vissée tout le long du concert. Un style qui marque les esprits.

Mais au-delà de ces petites remarques qui prêtent à rire, Andy Shauf a été le principal artisan d’une prestation sans faute et forte en émotion. Accompagné pour l’occasion de deux clarinettistes en plus de ses musiciens habituels, chaque chanson a pris une teneur beaucoup plus intense. Les mélodies déjà puissantes à l’état brut s’en sont vues beaucoup plus envoûtantes et émotionnelles. Se rapprochant d’un Sufjan Stevens en état de grâce et d’un Eliott Smith pour ses parties les plus emmenées, Andy Shauf surprend un auditoire qui reste scotché et qui en redemande.

Ses chansons phares, presque méconnues avant le concert sont dorénavant des écoutes presque quotidiennes pour les heureux présents dans cette salle. Nous ne saurons trop conseiller d’écouter The Magician, Early To The Party, ou encore Quite Like You. Mais toutes celles qui ne pourront être citées valent aussi le détour pour toute personne qui aime le folk.

Cette soirée d’ouverture annonçait des concerts agréables à l’oreille où le public aurait été entouré d’une couverture de bonne humeur et de douceur rafraichissante. Andy Shauf, a réussi à lui tout seul à charger d’une émotion nouvelle ses attentes, de celles qu’on espérait plus retrouver, car on la pensait perdue à jamais.

La vie est incompréhensible. Elle s’arrange toujours pour vous surprendre lorsque qu’on ne s’attend plus à rien : Andy Shauf nous a surpris, le festival commence parfaitement bien !

Note: ★★★★☆

Crédit photo : Nicolas Joubard

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