Midori Takada – Through The Looking Glass

Midori-Takada-–-Through-The-Looking-Glass

Ce 29 septembre, le Palais de Tokyo accueillera dans ses sous-sols le Festival Pleine Conscience (Red Bull Music Academy), messe musicale dédiée à l’Ambient. On en parlait déjà dans un précédent article, 2017 est bien l’année du genre popularisé par Brian Eno. On retrouvera don quelques artistes phares de la scène contemporaine, parfois aux antipodes les uns des autres, tels que Tim Hecker, Prurient, Pan Daijing ou Gas. À ces noms prestigieux, s’ajoute celui de Midori Takada, légende méconnue de l’Ambient revenue dernièrement à la lumière grâce à la réédition de son chef d’œuvre sorti en 1983, Through The Looking Glass. Musicienne et compositrice rare, elle fut d’abord reconnue en 1981 en tant que percussionniste du Mkwaju Ensemble, aux côté notamment d’un certain Joe Hisaishi. Par la suite, elle entama une étonnante carrière en solo recensant uniquement trois œuvres sur moins d’une décennie (1983-1990) et quelques collaborations avec ses pairs.

Grâce à l’initiative de Palto Flats et We Release What The Fuck We Want Records, Through The Looking Glass a le droit à une seconde vie, après avoir pendant longtemps été réduit à un trophée de collectionneurs (le vinyle se vendait parait-il aux alentours des 750 dollars). De même, c’est aussi une chance de redécouvrir l’art discret et sensible de Midori Takada, entre exotisme et expérimentation, sorte de condensé de l’élite musical du début des années 1980. Une musique qui n’a rien à envier aux meilleurs travaux de Brian Eno ou Steve Reich tout en restant singulière. Car Takada produit un mélange musical piochant autant dans ses origines nippones que dans des cultures plus éloignées – on pense à l’Afrique, aux Caraïbes mais aussi à l’Europe. Une World Music originale puisque la musicienne produit son propre monde, lieu onirique et mystique. Un pays de merveilles, à travers le miroir, qui pourrait être celui d’Alice, auquel le titre de l’album fait référence. Mais Takada y aurait enlevé toute la folie propre à Lewis Carroll pour n’en conserver qu’une douce étrangeté semblable à une rêverie.

Finalement, la musique de Takada ressemblerait à la peinture Le Rêve du Douanier Rousseau, maître de l’art naïf, auquel elle rend hommage dans la fantastique ouverture de Through The Looking Glass, Mr. Henri Rousseau’s Dream. On y retrouve le même type de foisonnement mais transformé en sons, le même goût pour les détails, la diversité chromatique, l’amoncellement d’ambiances. On entend par-ci un carillon sonner, par-là un harmonium souffler délicatement. Sur Crossing, qui suit, c’est un marimba, xylophone africain, qui dicte la danse dans un titre prolongeant l’état de rêve par la course des tambours. Trompe-l’œil est une ballade étrange où le bruit offert par des bouteilles de Coca-Cola donne l’impression d’être entouré par des hululements ou roucoulement chimériques. Catastrophe Σ qui clôt ce chef d’œuvre est une apothéose du style de Takada, entre grandeur sonore et silences, qui ne ressemble à rien de connu et propose une forme de psychédélisme maintenu par un final où résonne une envolée de percussions. Malgré son minimalisme – structures instrumentales et composition de l’œuvre en deux jours – Through The Looking Glass déploie une inventivité fascinante et sans réelle égale qui sera très certainement le clou du spectacle de ce Festival Pleine Conscience.

Note: ★★★★½