A l’affût, il nous arrive d’imaginer des comptes à rebours avant la sortie d’un premier single, annonciateur d’un prochain album. D’attendre des morceaux comme on guettait la petite souris. D’imaginer les intentions et les couleurs d’un disque à venir. Parfois – souvent même – c’est la douche froide. Mais il arrive aussi que les attentes soient satisfaites et que l’on accompagne quelques années de plus la trajectoire d’un groupe ou d’un artiste.

Et puis il y a les morceaux tombés de nulle part. Ceux que l’on n’attendait pas et qu’on découvre en se perdant sur les réseaux. Ceux que l’on n’aurait jamais dû croiser et qui, pourtant, chamboulent tout.

Le dernier morceau de Marianne Faithfull, composé par Nick Cave est de ceux-là : rien ne nous rattache particulièrement à cette artiste. Impossible de savoir où, à 71 ans, sa carrière la mène. On pouvait même craindre de perdre son temps avec un disque destiné à financer l’augmentation de CSG qui s’impose aussi aux retraités de la musique.

Mais, il suffit d’une seule écoute de The Gipsy Fairie Queen pour prendre la mesure de la merveille.

Sans rien savoir de l’artiste ou du morceau, une fulgurante beauté s’impose.

La fragilité des voix de Marianne et Nick, la douceur des arrangements, l’enchevêtrement des timbres, les répétitions des follow, follow, follow ou des exist, exist, exist dans les refrains, la superposition imparfaite des voix, comme si chaque artiste suivait son propre rythme en parallèle de celui du morceau.

Un miracle de grâce dont on aimerait savoir plus. « Fairie », ça veut dire quoi déjà ? Quelle est cette histoire qui semble nous échapper ? Que vient faire Nick Cave dans cette aventure, lui qui est au firmament de son art avec les Bad Seeds, et tourne sans arrêt, partout ?

Et puis on relance le morceau et… l’on s’en fiche, sidéré par la beauté pure et irrésistible de ces 3 minutes et 41 secondes suspendues.

Mais, on ne peut s’empêcher de creuser un peu et c’est encore plus beau.

Marianne et Nick ont déjà collaboré ensemble il y a quelques années. Elle lui envoie, avant l’été, un texte inspiré du Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare et lui demande d’en composer la musique. Éreinté par les concerts, Nick décline poliment «je suis trop occupé en ce moment ». Marianne s’excuse de l’avoir dérangé et, en guise de réponse, reçoit… le morceau finalisé !

Un morceau dans lequel Marianne se projette dans la peau d’un personnage qui se donne la mission de faire tomber sa « Reine féerique » amoureuse de la première personne qu’elle croise. Et de nous faire aimer à notre tour cette Gipsy Fairie Queen, instantanément. Éperdument.

The Gipsy Fairie Queen – Marianne Faithfull & Nick Cave – Déja Disponible, extrait de l’album Negative Capability à sortir le 02/11/2018