Le château de Cagliostro est l’adaptation d’un manga et d’une série télé dont le personnage principal est Lupin III, inspiré du fameux gentleman cambrioleur de Maurice Leblanc. Avec ce film, Miyazaki préfigure l’ensemble des thèmes que l’on retrouvera tout au long de son œuvre, à l’intérieur d’une comédie d’aventure légère et drôle. On reconnaît ainsi la fascination du réalisateur pour ces décors méditerranéens un peu fantasmés avec ces villes de style italien, ces grands espaces de montagnes et de lacs de type alpin (qui sont aussi ceux de Kiki la petite sorcière, Porco Rosso, Le château ambulant), les engins volants incarnés ici par l’autogiro (l’aviation a souvent une place prépondérante dans les films de Miyazaki où l’on retrouve aéronefs, zeppelins, bombardiers…), la découverte de mondes mystérieux et enfouis (le repère caché de Totoro, le royaume de Laputa…), le manichéisme de principe (ici l’ombre et la lumière, dans Conan le fils du futur Edenia et Industria) qui sera vite remplacé par des enjeux beaucoup plus complexes par la suite. Déjà, Miyazaki pose toutes ces constantes qui dessinent les contours d’une œuvre en devenir, globale et cohérente. Il n’y creuse néanmoins pas encore tous les thèmes qui seront ses préoccupations futures mais installe un univers de fantaisie où il mélange avec beaucoup de bonheur et de rythme la comédie et l’action.

Le character design privilégie les expressions avec de grands yeux et des grandes bouches propres au manga qui font le régal des enfants et certaines séquences reposent sur des ressors de comédie assez irrésistibles, telles que la course de Lupin sur les toits du château. Le personnage principal est en outre habilement caractérisé, gouailleur, audacieux, provocateur, malin, chevaleresque, c’est un vrai plaisir pour le jeune public. Les plus grands reconnaitront peut-être des modèles qu’on peut aller chercher du côté de ces films de Philippe de Broca interprétés par Jean-Paul Belmondo : L’homme de Rio, Le magnifique, L’incorrigible ou Pierrot le Fou de Godard. Le château de Cagliostro s’appuie sur un rythme qui alterne l’humour et l’action sans faiblir. Les péripéties sont sans cesse renouvelées et tirent profit de décors qui sont ceux d’attractions foraines avec ses chausses-trappes, ses pièges, qui recèlent ses mystères et ses dangers. Le film convoque en outre ponctuellement une certaine nostalgie inhabituelle dans ce genre de production destinée prioritairement aux enfants. La redécouverte de cette perle loin d’être mineure est donc un immense plaisir à ne pas bouder.

Note: ★★★★☆

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