À l’ombre d’Eden

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À l’ombre d’Eden

Eden, le quatrième long métrage de Mia Hansen-Løve porte les stigmates de sa naissance chaotique. Ni tout à fait le film que souhaitait à l’origine sa réalisatrice, ni tout à fait un autre. Une œuvre intime et désenchantée, loin de l’énergie ou la folie naissante de la French Touch. Une œuvre portée par la délicatesse et la force de Mia Hansen-Løve. Même s’il n’est pas tout à fait le film que l’on attendait, il faut voir Eden et se perdre dans sa musique.

En Danois, Løve est un faux ami. Ces quatre lettres, si belles et graphiques n’ont rien à voir avec l’amour… Elles signifient tout simplement « Lion ». Les mystères de la linguistique font bien les choses : Mia Hansen-Løve n’a jamais filmé que l’amour, mais c’est avant tout une combattante. Elle ressemble à une frêle jeune fille mais déploie la force du plus puissant des animaux pour arriver à ses fins. Pour rien au monde, elle n’aurait renoncé à ce film-là. Eden vit dans sa tête et dans celle de son frère Sven depuis si longtemps.

En 2011, Mia clôt sa première trilogie. Des films bluffants qui tous, d’une manière ou d’une autre évoquent le deuil ou la perte. D’un père. D’un mentor. D’un mari. D’un premier amour. D’une certaine innocence. Mia filme ses personnages comme si sa vie en dépendait, avec une infinie bienveillance. Elle ne les juge jamais. Se laisse surprendre par leurs actes ou leurs décisions qu’elle même ne peut pas toujours expliquer. Elle touche au cœur. Ses films sont de ceux qui font avancer et donnent confiance. Tout simplement.

Avec Eden, Mia Hansen-Løve voulait habiter un registre plus léger. Celui des années 90. De sa jeunesse et de celle de Sven avec qui elle co-écrit le film et qui a inspiré le personnage central du film, Paul, le DJ dont on suit l’ascension et la chute dans l’ombre des véritables héros de cette période.

Dire qu’on attendait ce film là est un euphémisme. Parce que c’était un film de Mia Hansen-Løve, d’abord. Mais aussi parce qu’on savait quelle difficulté la réalisatrice avait du affronter, dans un milieu du cinéma qui préfère financer des téléfilms au kilomètre plutôt que de prendre des risques avec des cinéastes qui refusent de transiger. Et pourtant, Mia a dû se résoudre à transformer Eden au fil des refus des comités, des commissions et des petits chefs de bureaux. À l’origine, Eden s’étendait en deux parties et prenait le temps de développer ses multiples personnages et ses arcs narratifs. Mais après des refus et des petites trahisons, le film n’a failli ne jamais se faire. Puis, un producteur plus exigeant et moderne que les autres, Charles Gilibert a décidé de donner vie au projet. Et tout est reparti. Très vite.

Et peut être un peu trop vite… Eden n’embrasse pas complètement son destin épique et intime à la fois. Trop de personnages auxquels on ne prend pas assez le temps de s’attacher et dont certains, à l’image de la reine de la nuit incarnée par Laura Smet se perdent dans leur propre archétype, sans jamais le dépasser. Trop d’ombres et pas assez de lumières. Dès que l’on devrait ressentir l’exaltation des basses et des frontières que l’on dépasse, c’est le dépit et le quotidien qui reviennent. Les intrigues peinent à s’imposer dans l’enchainement incessant des fêtes et des soirées.

Tout se passe comme si le souci de vraisemblance prenait le pas sur le reste. Puisqu’il a fallu couper, le choix de coller au plus près aux souvenirs de jeunesses des auteurs l’emporte sur le reste. Au risque d’empêcher Eden de prendre de la hauteur et de toucher au plus profond comme les précédents films de Mia parvenaient à le faire.

Mais la réalisatrice qui a fait de ce film un combat est bien là. On reconnaît dans Eden ses obsessions qu’on aime tant : celles du temps qui passe et s’égrène, délicatement. Impitoyablement. Le thème de l’amour impossible, aussi. Cette fois c’est entre Paul et Louise qu’incarne avec retenue et nuance l’excellente Pauline Etienne. Celle de la musique enfin. Dans Eden, chaque beat est fulgurant. Chaque morceau a été choisi entre mille . Aucun n’est là par hasard. Au point que le film compose sans discussion possible la bande son rêvée de cette période si peu filmée.

Avec Eden, pas sûr que Mia Hansen-Løve ait dépassé sa trilogie du deuil. Elle filme avant tout la fin de quelque chose. D’une époque. D’une ambition. D’amours naissantes qui n’en sont peut-être pas. De l’insouciance. Rien que pour cela, il faut voir Eden et se perdre dans sa musique qui parfois bouleverse. Mais on attend toujours le prochain virage de Mia. Où qu’elle aille, on la suivra. Même si les paradis s’éloignent pour de bon…

EDEN de Mia Hansen-Løve , avec Felix de Givry, Pauline Etienne, Vincent Lacoste, Vincent Macaigne

Sortie le 18 Novembre – 2h11

Note: ★★★½☆

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